À l’approche des échéances électorales présidentielles et sur fond d’obsessions identitaires persistantes, le débat politique et médiatique en France semble prisonnier d’une ornière bien connue : l’instrumentalisation permanente de l’Algérie.
Nourrie par une droite décomplexée aux accents xénophobes affirmés et amplifiée sans discontinuer par les sphères médiatiques aux ordres de Vincent Bolloré, cette dérive toxique révèle surtout un échec stratégique majeur. En voulant faire de l’Algérie le bouc émissaire idéal de tous ses maux intérieurs, la France officielle perd gros, dilapidant son influence, ses parts de marché et son crédit diplomatique. Depuis des années, le paysage médiatique hexagonal a vu s’opérer une mutation profonde sous l’impulsion de chaînes d’information en continu acquises à la doxa réactionnaire. Sur les plateaux contrôlés par le milliardaire Vincent Bolloré, l’Algérie est érigée en cible quotidienne. À coups d’intox orchestrées, de reportages orientés et de stigmatisations permanentes visant les binationaux, les immigrés et les liens historiques unissant les deux peuples, ces médias ont normalisé un racisme systémique déguisé en « débat sur l’identité ».Cette stratégie de tension trouve de fervent relais au sein d’une droite politique en plein naufrage moral, prompte à agiter l’épouvantail algérien pour masquer son incapacité à proposer des solutions aux véritables crises socio-économiques de la France. En instrumentalisant à outrance les dossiers migratoires ou les obligations de quitter le territoire français (OQTF), ces formations politiques transforment chaque fait divers ou désaccord diplomatique en tribune nationaliste. Le résultat est un pourrissement délibéré du climat public, attisant les fractures mémorielles et transformant la liberté d’expression en machine de guerre idéologique.
Ce que perd la France : le coût d’une diplomatie de l’arrogance
À force de céder aux sirènes de la surenchère xénophobe et de tolérer les provocations de ses cercles politiques et médiatiques réactionnaires, la France mesure aujourd’hui l’immense gâchis de sa politique étrangère. Les relations algéro-françaises, hautement sensibles et tributaires d’un lourd passif historique, exigent de la mesure, du respect mutuel et de la réciprocité. Or, le choix de la confrontation systématique a lourdement pénalisé Paris. Sur le plan économique, la France, qui fut longtemps le partenaire privilégié de l’Algérie, a vu ses parts de marché s’effriter drastiquement, devancée par de nouveaux partenaires internationaux pragmatiques et respectueux de la souveraineté algérienne. Les sanctions et arbitrages économiques, couplés à une exaspération légitime d’Alger face aux incessantes leçons de morale et aux ingérences déguisées, ont relégué l’Hexagone au rang de partenaire distancié. Plus profondément encore, c’est le capital de sympathie, la francophonie culturelle et l’influence géopolitique de la France en Afrique du Nord qui sortent laminés de cette séquence. En s’arc-boutant sur des réflexes post-coloniaux et en laissant les extrémismes dicter son agenda diplomatique, Paris a perdu sa stature de pont naturel entre les deux rives de la Méditerranée. L’Algérie, forte de ses choix stratégiques, de sa souveraineté affirmée et de son poids militaire et diplomatique croissant sur le continent africain, avance sans s’encombrer des soubresauts stériles d’une classe politique française en perte de repères. À jeu égal, c’est bien la France qui perd son rang, prisonnière des fantômes de son histoire et de la haine ordinaire distillée jour après jour sur ses écrans.
