Un ancien cadre supérieur des services de renseignement marocains, aujourd’hui en exil et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, vient de porter de graves accusations contre l’appareil sécuritaire de son pays d’origine. Dans des déclarations relayées par la presse, notamment le canard enchainé, ce transfuge met en cause le tandem influent formé par Fouad Ali El Himma, conseiller du roi Mohammed VI, et Abdellatif Hammouchi, patron de la police et du contre-espionnage. Ses révélations ciblent en particulier la gestion des flux migratoires aux frontières espagnoles et l’acquisition controversée du logiciel espion Pegasus. Selon ce témoignage, la crise migratoire survenue à Ceuta ne relèverait pas d’un simple concours de circonstances, mais d’une stratégie orchestrée au sommet de l’État. L’ancien officier affirme qu’un mouvement de cette ampleur dans une zone ultra-surveillée n’aurait pu se produire sans l’aval direct des plus hautes autorités sécuritaires. Ces déclarations viennent alimenter les soupçons de complicité passive ou active des forces marocaines, déjà évoqués par certains rapports frontaliers, bien que la matérialisation de tels ordres écrits reste à démontrer. Le volet le plus sensible de son récit concerne l’utilisation du logiciel de cyber-surveillance Pegasus, conçu par la société israélienne NSO Group. L’ex-responsable indique que le système aurait été testé à Rabat dès 2017 par le chef de la sécurité marocaine lui-même, avant d’être rapidement opérationnel. Il soutient que cet outil aurait notamment servi à surveiller des personnalités de premier plan, citant à titre d’exemple des dirigeants européens ainsi que plusieurs chefs d’État africains lors de sommets continentaux dès 2018. Ces allégations, si elles venaient à être confirmées par des analyses techniques approfondies, reculeraient de plusieurs années l’utilisation documentée de ce dispositif contre des autorités étrangères. L’ancien agent aborde également des dossiers plus anciens, comme l’affaire Zakaria Moumni, affirmant avoir croisé l’ancien sportif au lendemain de son arrestation dans des conditions suggérant de mauvais traitements. Ces accusations s’inscrivent dans un contexte judiciaire personnel délicat pour le lanceur d’alerte, visé par des poursuites pour escroquerie que ses avocats qualifient de manœuvres politiques. Alors que Rabat a toujours réfuté toute implication dans des campagnes d’espionnage numérique d’envergure, ces nouvelles révélations placent la diplomatie française et ses services de renseignement dans une position délicate, tiraillés entre les impératifs de la coopération sécuritaire bilatérale et la gravité des soupçons d’ingérence électronique
