Alger–Abou Dhabi:
Les dessous d’une rupture diplomatique devenue inévitable

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—
La décision de l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis ne serait ni soudaine ni circonstancielle. Selon une analyse publiée par l’Agence Presse Service (APS), elle serait l’aboutissement d’une accumulation de différends touchant directement à la souveraineté nationale, à la sécurité du pays et à ses intérêts stratégiques. L’agence officielle estime que la politique régionale menée par Abou Dhabi conduit progressivement les Émirats vers un isolement sans précédent. Alger aurait pourtant longtemps privilégié la retenue et la responsabilité face à des agissements qualifiés de provocateurs ou d’hostiles, tout en adressant plusieurs avertissements sur leurs éventuelles conséquences. Pour l’APS, le différend ne se limite pas à une divergence diplomatique ponctuelle. Il traduirait une opposition profonde entre deux conceptions de la politique étrangère : celle d’un État souverain fondant ses décisions sur une vision stratégique à long terme, et celle d’une puissance régionale dont les choix seraient davantage dictés par des intérêts immédiats et des rôles circonstanciels. Les relations entre les deux pays reposaient pourtant sur une coopération ancienne. Après la création de la fédération émiratie, au début des années 1970, l’Algérie aurait contribué au développement du secteur pétrolier local, à l’élaboration des cadres juridiques et réglementaires relatifs aux investissements, ainsi qu’à la coordination des positions en faveur de la souveraineté des États producteurs sur leurs ressources naturelles. Pour appuyer son analyse, l’agence cite notamment un article d’Andrew Leber, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale, publié dans la revue Foreign Affairs. Le texte s’interroge sur la capacité des Émirats à poursuivre seuls leur stratégie régionale et met en garde contre un possible isolement vis-à-vis de leur environnement arabe traditionnel. Selon la lecture qu’en fait l’APS, la politique d’Abou Dhabi reposerait sur une extension continue de son influence militaire, politique et financière, notamment au Yémen, au Soudan et dans la Corne de l’Afrique. La poursuite d’une telle stratégie, en dehors des équilibres régionaux habituels, pourrait entraîner un coût politique et économique important à moyen et à long terme. C’est dans ce contexte que l’Algérie aurait estimé que la retenue ne suffisait plus. Après l’annonce de la rupture diplomatique, Alger a également décidé de fermer son espace aérien aux appareils civils et militaires émiratis. Une exception temporaire concernerait toutefois les vols commerciaux civils à destination et en provenance de l’aéroport international d’Alger, qui resteraient autorisés jusqu’à l’expiration du contrat prévue à la fin de l’année 2026. Plusieurs griefs sont avancés pour expliquer la détérioration des relations. Des diplomates algériens cités par l’agence évoquent notamment la normalisation des relations entre les Émirats et Israël, le soutien supposé à l’axe Rabat–Tel-Aviv et des accusations d’ingérence dans les affaires intérieures algériennes. L’APS mentionne également des soupçons de soutien au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé organisation terroriste par les autorités algériennes, ainsi que la protection présumée de personnes recherchées par la justice du pays. Elle met aussi en cause certaines activités émiraties au Sahel et relaie des accusations portant sur des investissements suspects et d’éventuelles opérations de blanchiment d’argent, en se référant notamment au démantèlement d’un réseau international en Europe. Le dossier soudanais occupe également une place importante dans les critiques formulées contre Abou Dhabi. L’agence rappelle que les Émirats ont été accusés de soutenir certaines parties engagées dans le conflit, en s’appuyant sur plusieurs rapports internationaux consacrés au rôle des acteurs étrangers dans cette crise. L’analyse s’achève par une référence à une tribune du journaliste britannique David Hearst, publiée par Middle East Eye, dans laquelle celui-ci accuse Abou Dhabi de contribuer à l’entretien d’un état de conflit permanent au Moyen-Orient. À travers cette lecture particulièrement sévère, l’APS présente ainsi la rupture entre Alger et Abou Dhabi comme l’aboutissement d’un désaccord stratégique devenu irréconciliable. Pour l’Algérie, la question dépasserait désormais le seul cadre diplomatique : elle concernerait directement la défense de sa souveraineté, de sa sécurité nationale et de son indépendance de décision.

 

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