Macron rate une nouvelle occasion de tourner la page

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Mémoire franco-algérienne

Par Kheireddine Boukhalfa—/—À l’occasion de la commémoration de la Journée nationale de l’immigration, célébrée le 17 octobre en Algérie en hommage aux victimes de la répression des manifestants algériens à Paris en 1961, la question mémorielle reste au cœur des tensions entre Alger et Paris. En effet, soixante-cinq ans après ces événements, le président français Emmanuel Macron n’a pas annoncé de nouvelle avancée vers une reconnaissance explicite de la responsabilité de l’État français. Une attitude qui suscite des critiques jusque dans l’Hexagone, où plusieurs élus réclament désormais que ces faits soient officiellement reconnus comme un crime d’État. Ainsi, à cette occasion, l’Élysée a publié un communiqué rendant hommage aux Algériens victimes de la répression menée sous l’autorité du préfet de police Maurice Papon. La présidence française a également souligné que cette page douloureuse appartenait à l’histoire commune des deux pays et que la République devait la regarder avec lucidité. Mais cette prise de position reste en deçà des attentes de ceux qui réclament une reconnaissance officielle des responsabilités de l’État. En se limitant à rappeler les faits et à désigner les acteurs de l’époque, Paris évite toujours de formuler clairement une reconnaissance politique et institutionnelle des crimes commis. Cette prudence intervient alors que des élus locaux français réclament une évolution du discours officiel. Une initiative portée par des dizaines de maires appelle notamment à reconnaître le massacre comme un crime d’État et à inscrire le 17 octobre dans le calendrier national des commémorations. Intervenant sur les ondes de Radio France internationale, le 16 octobre, l’historien Benjamin Stora a insisté sur la nécessité de regarder l’histoire coloniale dans toutes ses dimensions. Selon lui, le report d’une reconnaissance des épisodes les plus sombres du passé nourrit le ressentiment et risque d’alimenter durablement les tensions. Pour le spécialiste de la mémoire franco-algérienne, reconnaître les faits ne revient pas à raviver artificiellement les blessures du passé. Au contraire, l’absence de clarification entretient les frustrations et laisse prospérer les rancœurs. Il a également relevé que la colonisation de l’Algérie, au-delà de la guerre d’indépendance, occupe une place grandissante dans le débat public français. Benjamin Stora considère par ailleurs comme impardonnables les actes commis sous l’autorité de Maurice Papon. Il a rappelé le geste effectué par Emmanuel Macron en octobre 2021, lorsque le président français s’était rendu sur le lieu du massacre, à la suite du rapport consacré à la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Cette démarche avait une portée symbolique et politique, estime l’historien, en contribuant à replacer cet épisode dans le débat national. Elle n’a toutefois pas débouché sur la reconnaissance plus complète réclamée par les défenseurs d’une évolution du discours officiel. Le débat autour du 17 octobre 1961 illustre ainsi les limites de la politique mémorielle française. Alors que les appels à une reconnaissance plus explicite se multiplient, l’absence de décision à la hauteur des attentes entretient un désaccord historique qui pèse sur les relations entre Alger et Paris. Pour Benjamin Stora, le temps ne joue pas en faveur d’un règlement de cette question. La persistance des non-dits risque, selon lui, de renforcer les ressentiments plutôt que de favoriser leur dépassement. La question reste donc entière : Paris est-elle prete à transformer les gestes symboliques en une reconnaissance politique claire de ses responsabilités historiques ?

 

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