L’Algérie participera en force les 28 et 29 octobre prochains au sommet Afrique–Russie qui se tiendra à Moscou. En marge de ce sommet, des entretiens bilatéraux entre Algériens et Russes auront lieu, et il sera question de projets d’envergure entre les deux pays. Récemment, Vladimir Poutine a déclaré à propos des relations russo-algériennes qu’elles figurent parmi les rares et les meilleures existant avec des pays tiers. Sur le plan économique, des accords ont été conclus pour l’exploration en continu des gisements gaziers, faisant participer les géants russes de l’industrie gazière pour permettre à l’Algérie de devenir le numéro deux mondial dans l’exploitation du gaz, dépassant le Qatar et les États-Unis. L’exploitation se fera en commun entre Gazprom et Sonatrach. Ainsi, la Russie, qui reste toujours le premier pays disposant de ressources gazières immenses, entend se redéployer vers un État qui possède également des réserves très importantes de gaz naturel. Elle a choisi l’Algérie car elle a confiance en ce pays. Elle aurait pu choisir, par exemple, le Nigeria ou d’autres pays africains comme l’Angola, mais elle sait que ces derniers pourraient basculer dans l’orientation de leur politique extérieure, ce qui ne sera jamais le cas en Algérie. Une longue amitié, qui ne s’est jamais démentie, unit la Russie et l’Algérie depuis l’époque de l’URSS. Tous les dirigeants politiques algériens, de Ben Bella à Tebboune, sont restés fidèles à cette amitié entre les deux nations. Bien entendu, cela dérange tous les pays qui ont le Kremlin en ligne de mire, et qui voient d’un très mauvais œil ce lien spécifique unissant Moscou et Alger. Ainsi, le Parti républicain américain n’a cessé, et ne cesse pas, de critiquer souvent avec véhémence ce rapprochement. D’autre part, l’annonce par les deux pays d’un renforcement de leurs relations économiques, surtout dans le domaine énergétique, doit avoir en Occident et outre-atlantique l’effet d’un coup de massue. En outre, sachant que l’Occident a imposé un blocus concernant les livraisons de pétrole et de gaz provenant de la Russie, la perspective que ce pays puisse contourner un tel blocus par des moyens au demeurant légaux fait déjà grincer des dents les dirigeants occidentaux et américains. En choisissant l’Algérie comme partenaire privilégié dans l’exploration et l’exploitation du gaz, il y aura un contournement de cet obstacle, car ce ne sera pas le gaz russe qui sera vendu à l’Europe, mais le gaz algérien, faiblement concurrencé à l’échelle mondiale. Il y aura donc deux grands producteurs de gaz naturel qui surpasseront à terme tous les autres acteurs mondiaux, y compris le géant américain. Mieux que cela, les accords entre la Russie et l’Algérie prévoient de produire d’énormes quantités de gaz naturel liquéfié (GNL) qu’ils proposeront au marché mondial, un produit actuellement très recherché et fortement apprécié. Lorsque cela se produira, aucun pays au monde ne parviendra à rivaliser avec la Russie et son partenaire privilégié, l’Algérie. Ce renforcement des liens économiques et énergétiques bouleversera la géoéconomie mondiale : l’Europe entière révisera sa politique extérieure, et ses diktats ne feront plus peur.
