Les fabricants des bijoux à l’ancienne sont mis à rude épreuve par une multitude de facteurs, qui ont fini par étriquer sérieusement leur activité. La concurrence déloyale, la pandémie du coronavirus et le manque d’espaces d’exposition, sont les principales causes du marasme dont souffrent les centaines d’artisans à travers la Wilaya de Mila. Certains artisans, qui font dans la réparation et la fabrication de l’argenterie classique, nous ont fait part, ce lundi, à l’occasion du deuxième jour de l’exposition qu’ils animent à la Maison de l’Artisanat, des difficultés qui « asphyxient » leur métier. L’un d’eux, Missi Mohammed, gérant d’une affaire familiale spécialisée dans la fabrication et la récupération de l’argenterie traditionnelle dans la ville de Ferdjioua, dénoncent la concurrence déloyale pratiquée par, selon son propos, de « pseudo-bijoutiers qui prolifèrent comme des champignons un peu partout ». Notre interlocuteur fait allusion à ces commerces de bijoux créés par l’argent destiné à l’investissement. Il dira dans ce sens : « des investisseurs ayant bénéficié de prêts bancaires orientent, en violation de la loi, une partie de ces crédits vers le commerce des bijoux. Ils ont créé des bijouteries de luxe dans les plus grands centres urbains de la région, provoquant de facto la mort des petites affaires familiales créées sur fonds propres » Son collègue, Rachid Boumaâza, soutient que les bailleurs de fonds destinés à l’investissement « doivent exercer un contrôle rigoureux sur l’usage fait de leur argent et demander, le cas échéant, des comptes aux bénéficiaires qui auraient violé les dispositions du cahier des charges » D’autre part, nos interlocuteurs évoquent l’épisode particulièrement pénalisant de la pandémie, qui a mis l’activité à carreau. Missi Mohammed affirme avoir carrément mis la clé sous le paillasson pendant pratiquement deux ans. Notre interlocuteur, ancien anesthésiste à l’hôpital Medahi de la ville de Ferdjioua, révèle qu’il a fermé boutique de bon grès, autrement dit pour participer aux efforts de prévention de la pandémie. « Moi, je suis un auxiliaire médical de métier. Donc, je mesure mieux les risques de contamination ; c’est pourquoi j’ai fermé boutique parce que je suis convaincu que les pièces de bijouterie pourraient bien constituer un vecteur de transmission de la maladie » Par ailleurs, le manque d’espaces d’exposition, et surtout les espaces d’exposition bien situés, continue de jouer de vilains tours à la profession. Nos interlocuteurs souhaiteraient, en effet, que les expositions organisées périodiquement par le secteur de l’artisanat soient localisées dans des espaces fréquentés pour donner la chance aux artisans d’écouler leurs produits. L’artisan de Ferdjioua, qui se rend régulièrement en Arabie Saoudite, aimerait voir le commerce de la bijouterie traditionnel organisé comme il l’est dans ce pays du Golf. « En Arabie Saoudite, les vendeurs de bijouteries sont réunis dans des centres au cœur des villes. Pourquoi ne pas dégager alors chez nous des espaces bien situés au profit de notre profession ? » conclut-il.
