Emmanuel Macron a déposé une gerbe de fleurs sur les quais de la Seine où des dizaines d’Algériens (certains témoignages affirment des centaines) furent jetés par des policiers français dans le fleuve. Au cours de la cérémonie de recueillement il a qualifié ce qui s‘était passé en cette soirée du 17 octobre de crimes inexcusables commis par la république française.
C’est un premier pas de la reconnaissance des atrocités commise s par la France coloniale, mais il s’agit d’un évènement d’ailleurs trop évident pour être ignoré. Il faudrait plus, beaucoup plus qu’une simple phrase et c’est ce que l’Algérie, Etat et peuple attendent. Certaines sources françaises annoncent déjà que le président français fera un geste supplémentaire lors de la célébration des accords d’Evian (18 mars) en direction du peuple algérien qui célèbrera le lendemain de cette journée historique (le 19 mars) la fête de la victoire. Entre temps le président algérien a déjà annoncé la couleur lors de son message adressé à la communauté algérienne établie en France. Son message est clair : Pas de compromission sur le devoir de mémoire. Que dira en définitive Emmanuel Macron le 18 mars 2022, Reconnaitra-t-il comme il l’avait fait une première fois lorsqu’il n’était pas encore chef de l’Etat français qu’il s’agit d’un crime contre l’humanité ? Suivra-t-il l’exemple de Jacques Chirac qui avait reconnu l’implication de la France dans la déportation et l’extermination vers les camps de la mort nazis de plus de 70 000 juifs et parmi eux un grand nombre de français ? Le défunt président avait même demandé pardon aux survivants. Macron suivra-t-il un tel itinéraire ? Il y a matière à douter car il ne pourra pas compromettre sa réélection qui aura lieu un mois après. Il y a même un doute sérieux sur une éventuelle célébration de ces accords d’Evian car le staff qui dirige la campagne électorale de ce président lui déconseillera fermement d’évoquer la guerre d’Algérie. Alors pourquoi une telle annonce faite à quelques mois de ce jour fatidique ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un calcul politicien ayant pour effet immédiat de désamorcer une crise qui n’a pas l’air de prendre fin ? Les Algériens qui connaissent parfaitement la politique française et son fonctionnement ne sont pas dupes et maintiendront la pression sur cette question mémorielle à son plus haut niveau. Ce sont plutôt les autorités françaises au pouvoir qui sont pris dans le piège, un piège qui aurait pu être évité si l’actuel président, emporté qu’il était dans sa pré campagne électorale, s’était abstenu de tout commentaire vis-à-vis de l’Algérie de ses dirigeants et de son peuple. Il avait abondé dans le sens de son ministre de l’intérieur à propos de l’affaire de la réduction des visas pour nos ressortissants et il a enchainé dans la surenchère. Il doit le regretter amèrement aujourd’hui car il vient de s’apercevoir qu’il est dans une impasse. Ses éloges adressés au président Tebboune n’ont pas eu l’effet escompté par lui. Il sait qu’il doit franchir un pas décisif mais il ne le fera pas maintenant et jusqu’au deuxième tour de l’élection présidentielle prévue en Mai 2022. La question mémorielle reviendra sur le tapis après la probable réélection de l’actuel président, sachant qu’il n’a plus rien à perdre puisqu’il ne se présentera pas une troisième fois. Ira-t-il cette fois-ci jusqu’au bout de ses convictions exprimées un certain jour de l’année 2018 lors de son bref passage à Alger ? On le saura le moment venu.
