Le ministre des affaires étrangères français, Jean Yves le Drian, interrogé par une députée franco algérienne au cours d’une séance à l’Assemblée nationale sur l’état des relations entre la France et l’Algérie a répondu que celles-ci ont un impérieux besoin d’être apaisées et que tout malentendu doit laisser la place à un discours franc et constructif.
Le MAE français est conscient de la gaffe monumentale d’Emmanuel Macron. Il tente ainsi de corriger des propos inadmissibles prononcés par ce dernier en insistant sur le caractère exemplaire des relations entre les deux pays « Nous avons une histoire en commun, faite de blessures, de tourmentes mais aussi d’espoir. Un espoir visant l’avenir,sans pour autant occulter le passé » a dit Le Drian, ajoutant « Nous devons parler de ce passé, en toute franchise et sans aucune arrière-pensée. Tout ce qui en sortira servira de base à l’édification d’un avenir expurgé de tout ressentiment ». Pour le ministre l’Algérie est un partenaire incontournable dans l’espace méditerranéen.
Enfin une voix officielle qui s’exprime à un moment où l’Algérie a pris des décisions très ciblées dont le caractère déterminé donne à penser que cette fois-ci l’État algérien ne cédera en rien sur sa volonté de rétablir la vérité, toute la vérité sur ce qui s’est passé au cours de la guerre d’indépendance. Il y a eu des crimes de guerre imputés à l’armée française et de tels crimes ne concernent pas les combattants de l’ALN mais les populations civiles. Le nombre de victimes civils dépasse très largement le million et même plus et nous ne parlons pas de la période d’avant 1954 car celle-ci a aussi son cortège de victimes dont le nombre doit être très élevé.
L’Algérie attend de la France la reconnaissance des crimes commis entre 1954 et 1962. Comme l’a dit et redit le président Tebboune récemment « Nous n’avons pas besoin d’excuses, nous voulons une reconnaissance des faits qui se sont déroulés au cours de presque huit années de guerre ».Cette vérité proclamée par la France suffira et démontrera que la colonisation par ce pays n’a pas été comme l’histoire coloniale et celle du présent n’était pas civilisatrice mais destructrice d’une culture millénaire et une identité d’un peuple homogène.
Durant cent trente-deux ans il y a eu une opération massive de déculturation et de régression de millions d’Algériens qui étaient dépossédés de leurs langues mais qui ne bénéficiaient même pas de la langue de l’occupant, sauf pour une catégorie d’entre eux qui jouirent d’un statut (celui de 1947) mais dont le nombre ne dépassait pas cinquante mille algériens. En fait la France coloniale s’orientait vers un système proche de celui qui existait en Afrique du sud, moins brutal dans sa forme mais identique en son fond. Pour la France coloniale de l’après seconde guerre mondiale les Algériens sont ces européens et juifs naturalisés d’office. Les vrais habitants étaient qualifiés de musulmans, autrement dit ils n’avaient pas de droits identiques aux français d’Algérie. Il a fallu attendre l’arrivée au pouvoir du général De Gaulle pour que la notion de citoyenneté soit élargie à ce qu’on qualifia après 1958 de français musulmans. Mais c’était trop tard car les habitants authentiques de ce pays ne voulaient qu’une chose, redevenir ce qu’ils étaient avant 1830, guère plus.
Après avoir essayé par tous les moyens militaires que cette grande puissance disposait à l’époque bénéficiant de l’armement de l’OTAN de briser l’élan révolutionnaire des combattants de la liberté en édifiant deux lignes électrifiées aux frontières est et ouest et après avoir déplacé toutes les populations rurales dans des camps de concentration, appelés SAS, les contingents de l’armée française de plus en plus nombreux ont intensifié la guerre dans tout le territoire du pays sans pour autant gagner celle-ci car au-delà de la frontière est il y avait une armée algérienne, digne de ce nom, bien équipée et suffisamment formée pour entamer,cette fois-ci une guerre classique avec l’armée coloniale. La France comprit alors à ce moment-là qu’elle ne gagnerait jamais cette guerre et que la seule solution pour elle est la négociation avec l’adversaire, reconnu enfin comme tel. C’est cette histoire-là que des deux côtés de la Méditerranée on doit enseigner aux générations des deux pays. Le devoir de mémoire oblige.
En définitive les Algériens ne demandent que cela, c’est-à-dire révéler des évènements passés sous silence depuis des décennies. Ces évènements doivent être portés à la connaissance des français car les Algériens savent ce qui s’est réellement passé car ils l’ont éprouvé dans leur chair.
