Courte visite à Alger de Jean Yves le Drian:
La relance des relations bilatérales au menu

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Le ministre français des affaires étrangères s’est déplacé, hier à Alger, pour une visite de courte durée. Reçu par son homologue algérien, RamtaneLamamra, il a également eu une entrevue avec le président de la république. L’objet de cette visite expresse est clair. Il s’agit de remettre sur rail les relations entre les deux pays qui ont connu depuis trois mois une dégradation sans précédent.

Il était temps ! Surtout pour l’Élysée. Emmanuel Macron s’est rendu compte qu’il est allé trop loin dans ses déclarations sur l’Algérie. Il a voulu se rattraper mais ses interventions sur le retour à des relations normales entre les deux pays n’a pas eu l’écho escompté de la part d’Abdelmadjid Tebboune qui a clairement expliqué, sans détour ou fioriture sa position dans l’interview accordée au journal allemand de grande audience Der Spiegel. Pour le chef de l’État algérien ce n’est pas une affaire personnelle mais une affaire d’État dont lui président ne peut laisser passer sans réagir. Toucher à l’histoire millénaire de l’Algérie en déclarant des choses inexactes et assimiler l’État algérien à une république bananière dirigée par des militaires est une grave insulte, inadmissible pour les Algériens sur le fond et sur la forme. Comment y remédier ? Pour le président Tebboune, c’est clair, le président français doit annoncer publiquement que le dossier de la colonisation qui empoisonne depuis l‘indépendance de l’Algérie les relations entre deux pays souverains doit trouver son terme, une fois pour toutes. Pour le chef de l’État algérien, l’Algérie doit cesser d’être une affaire franco-française au centre de toutes les manipulations politiques qui ont toujours existé en France. Le président Tebboune a remarqué lors de son interview au journal allemand qu’à l’approche d’une élection importante française, comme l’est le scrutin pour élire un président de la république l’Algérie devient un créneau politique incontournable. De surenchère en surenchère, les joutes verbales s’enchainent et s’emballent à propos de l’Algérie. Abdelmadjid Tebboune affirme en disant que ce genre de manœuvre doit immédiatement cesser et que l’Algérie ne peut être assimilée à un enjeu électoral. Il faut que celui qui est à la tête de l’Élysée quelque soit son appartenance politique comprenne que l’Algérie n’a pas besoin de la France pour quoique ce soit et dans tous les domaines. Une fois compris et dans tous les sens de la formulation alors il sera possible de discuter d’égal à égal d’un partenariat décomplexé où ne figureront plus les allusions à un passé colonial. Pour le président algérien l’Algérie a cessé depuis 1962 d’être une colonie ajoutant « La France doit oublier que l’Algérie faisait partie de la France entre 1830 et 1962 ». Une fois fait alors les relations bilatérales reprendront sur des bases saines, épurées de toute référence à une histoire qui restera toujours sujette à controverse.

Et la question mémorielle dans tout cela ?

Il est à présent clair que le dossier mémoriel n’a plus sa place à l’heure actuelle. Il était déjà parti sur de mauvaises bases dès le départ. Pour les Français l’Algérie étant considérée pendant un siècle et un quart de siècle comme faisant partie intégrante de la France son histoire ne pouvait donc pas être détachée de l’histoire de France et qu’à ce titre cette période ne peut être effacée de la mémoire nationale. En fait il s’agit d’une représentation syndromatique dont les Algériens ne veulent plus. Pour eux l’Algérie ne peut être assimilée tout au long de la période de la colonisation à la Corse ou à la Nouvelle Calédonie et ils expliquent pourquoi. Pour les Algériens, la terre d’Algérie n’a pas été l’objet d’une cession comme ce fut le cas de la Corse ni d’une exploration d’une ile dans le lointain Pacifique, suite à laquelle les aborigènes peu nombreux en Calédonie furent envahis par des colons français plus nombreux qu’eux qui finirent inéluctablement par devenir la population majoritaire. Dans le cas algérien c’était une conquête militaire d’un pays souverain dirigé par une régence ayant tous les atouts d’un État indépendant. Un État unitaire qui gouvernait un peuple homogène par son identité et sa culture millénaire. Un tel coup de force ne pouvait devenir un fait accompli et prendre les mêmes proportions que les possessions françaises aux Antilles ou dans le Pacifique. La population algérienne était dix fois plus nombreuse que la population européenne censée supplanter les habitants authentiques de ce pays.  Faut-il également rappeler que la résistance du peuple algérien n’avait jamais cessé depuis que le premier soldat français avait foulé le sol algérien. Une résistance qui causa des crimes de guerre abominables suivies de déportation massive de leurs terres ancestrales de centaines de milliers de paysans. Faut-il rappeler aussi le refus des Algériens de toute assimilation leur faisant perdre leur identité berbéro-arabo musulmane comme ce fut le cas des juifs. Ce dossier de la mémoire ne peut donc pas être abordé avec l’objectivité qu’il faut, c’est pour cette raison que le président de la république en prononçant cette phrase qu’aucun président algérien n’a osé prononcer qui dit « Il faut que la France oublie que l’Algérie était une colonie ». Pour l’Algérie nouvelle qui est en train de se construire sur de nouvelles bases la mémoire concernant un passé diffus doit être effacée pour le bien de tous y compris des Français eux-mêmes.

 

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