Jusqu’ici le fait de prononcer le mot capitalisme vous placarde « ennemi de la nation ». Le terme était tabou, on lui préfère celui de libéralisme à connotation sociale. La vérité économique a fini par avoir le dessus. Le premier ministre qui est aussi ministre des finances ne s’embarrasse pas des mots. Pour lui, même s’il ne prononce pas le terme, le pays fait le choix d’un capitalisme débridé, conforme à l’intérêt général.
Ce choix est celui de l’Algérie nouvelle, celui de la libération des initiatives. L’ancien système qui avait géré le pays vingt ans durant compilait l‘oligarchie économique et un filet social généreux tributaire de la rente pétrolière et gazière. Sans se préoccuper d’un tissu économique vieillissant, dominé par un secteur public qui avait exclu la performance et tout esprit de compétitivité, ce système privilégiait l’économie de rente qui lui assurait cette assise politique qui lui permit de régner sans partage durant vingt ans. Lorsque les choses virèrent au pire avec la chute brutale des prix des hydrocarbures, le système en question choisit la fuite en avant en abandonnant toute initiative de redressement économique , laissant un tel soin à des oligarques qu’il avait propulsé sur la scène économique quand les hydrocarbures se vendaient bien, générant des milliards de dollars à l’État,lequel, au lieu,de redistribuer, les dividendes procurées par le pétrole et le gaz, dans le secteur public dont il avait la charge ,étant propriétaire exclusif de celui-ci, les attribua gracieusement à des hommes, issus de nulle part qu’il transforma en capitalistes, détenteurs de capitaux faramineux dont les fruits ne profitaient qu’à eux seuls. Ce capitalisme sauvage arriva à sa fin avec la naissance du mouvement populaire du 22 février 2019. Les élections du 12 décembre de cette même année feront émerger une direction politique que le peuple avait choisi en toute liberté et transparence. Ce nouveau système se trouva alors avec une trésorerie exsangue, laminée par autant de gaspillages et de choix économiques ruineux. Remonter la pente devenait une priorité absolue. Il fallait prendre des mesures coercitives et draconiennes pour en finir avec une politique du jour le jour. L’arrivée de la pandémie qui déclencha un arrêt prolongé de l’activité économique à laquelle s’est adjoint une faiblesse très remarquée de nos exportations d’hydrocarbures à un moment où le pays en avait un besoin urgent accentua le marasme dans lequel le pays s’est trouvé. Il fallait changer impérativement de modèle économique et celui-ci a un nom : Le capitalisme mais un capitalisme selon les règles classiques et universellement admises dans le monde. Le modèle social-libéral qu’avait choisi l’Algérie au lendemain de l’abandon du socialisme qui était en réalité une forme de capitalisme étatique ne convient plus à cette Algérie du renouveau politique. L’État qui avait bâti l’économie nationale ne s’impose plus comme alternative économique crédible. Il fallait renverser la tendance et se dégager de la sphère économique en permettant au secteur privé de se substituer à l’État en achetant les actions détenues par ce dernier. Tout cet argent récupéré permettra à l’État d’accompagner les couches les plus défavorisées en leur venant en aide à travers un filet social proportionné qui sera maintenu le plus longtemps possible du moins jusqu’à ce que le pays renoue avec une croissance forte. La nouvelle approche économique se veut ambitieuse en son fond et dans sa forme. Elle veut casser toutes les entraves bureaucratiques issues des systèmes hybrides que nous avons connues. Dorénavant toute entreprise publique qui l’entend rester doit devenir performante et compétitive. Elle ne pourra plus recevoir aucun centime de l’État. Son fonctionnement et sa gestion devront s’imprégner des normes du capitalisme, autrement dit seul le profit deviendra la règle. L’ouverture au capital privé des entreprises et des banques publiques se fera par l’actionnariat en bourse. Les partenariats opaques cesseront d’exister. Tout désormais se fera par le système boursier comme c’est le cas dans tous les pays du monde qui ont ouvert leurs économies. Nous avons enregistré un retard considérable mais avec l’introduction de ces nouvelles normes, un tel retard ne sera pas difficile à combler.
