Cela fait longtemps qu’un président algérien ne s’est pas rendu en Égypte. Les relations entre les deux pays étaient en dents de scie, à cause de ce qui se passe en Libye mais pas seulement. Depuis que le maréchal Al Sissi est à la tête de l’État égyptien, il y a un autre regard sur l’Algérie qui s’est progressivement opéré. Le changement de direction politique au niveau des deux pays y est pour quelque chose.
C’est une certitude les deux chefs d’États ont une vision opposée en ce qui concerne la question palestinienne et celle du conflit libyen. L’Égyptien a des visées sur l’Est de la Libye, c’est connu depuis longtemps. Cette région occidentale de la frontière égyptienne a toujours été une terre de migration pour les ressortissants égyptiens qui y vivent, travaillent et font des retours incessants entre les deux pays. Or Tripoli où se trouve le gouvernement reconnu par les instances internationales n’est pas reconnu par l’Égypte. Par contre il est reconnu par l’Algérie qui a tout fait pour ramener les libyens de Benghazi et ceux de Tripoli à discuter entre eux et trouver un compromis acceptable, une sorte de minima sur lequel tout deviendrait envisageable. Cela n’a pas fonctionné maintenant un statu quo qui ne présage rien de bon. Le prochain sommet arabe qui doit se tenir prochainement à Alger sera peut-être une chance pour trouver une solution politique à ce pays arabe, miné par des interventions étrangères dont l’intérêt est de maintenir la division dans le pays car y trouvant leur compte. C’est ce que dira le président algérien à son homologue égyptien au cours des entretiens qu’ils auront en tête à tête. Cette division ne profite ni à l’Égypte, ni à l’Algérie, les deux pays ayant une frontière commune avec la Libye. Puisque le problème libyen consacrera une part importante des discussions qui auront lieu à Alger au cours du prochain sommet arabe autant préparer l’essentiel des solutions à proposer et qui seront soumises à l’approbation de tous les chefs d’États et de gouvernement du monde arabe. L’autre sujet qui sera discuté entre le maréchal Al Sissi et Abdelmadjid Tebboune concerne la question palestinienne, le Soudan et le Sahara occidental. Là aussi il y a des divergences profondes qui séparent la vision algérienne de celle de l’Égypte. En ce qui concerne la Palestine l’Égypte, reconnaissant l’État hébreu depuis longtemps ne serait pas contre l’établissement d’un État palestinien indépendant aux côtés d’Israël, bien que ce pays ne cesse de grignoter les territoires occupés par lui depuis 1967. Pour l’Égypte le vrai problème c’est l’enclave de Ghaza, dirigée par une autorité politique entièrement inféodée aux Frères musulmans, ennemis jurés de l’actuel dirigeant de l’Égypte, dont il ne veut pas en entendre parler. Sur ce point précis une entente entre l’Algérie et l’Égypte est possible car l’Algérie ne reconnait que l’autorité palestinienne établie à Ramallah. Au cours du sommet d’Alger une résolution sera prise concernant la division qui existe aujourd’hui entre Ghaza et Ramallah. Ce sera peut-être une reconnaissance officielle d’une seule autorité palestinienne,celle dirigée actuellement par Mahmoud Abbas et le rejet global de la direction politique dominée par les mouvances islamistes considérés par une majorité de pays comme terroristes dont le seul objectif est l’élimination d’Israël à long terme. Or devant l‘urgence de la situation où l’implantation des colons israéliens devient massive, il est nécessaire de stopper un tel mouvement de colonisation par une reconnaissance sans ambiguïté de l’existence de l’État d’Israël dans ses frontières d’avant 1967, seule alternative pour reprendre les discussions sur la territorialité d’un État palestinien indépendant. Une telle solution trouvera l’adhésion de l’Algérie et ce point de discussion sera très probablement abordé par les chefs d’États algérien et égyptien. Les autres sujets qui fâchent comme le Soudan et le Sahara occidental seront sans doute effleurés par les deux dirigeants car ils apparaîtront surement au cours du sommet d’Alger mais ils n’occuperont sans doute pas une place privilégiée car comme c’est le cas du Soudan, l’Égypte qui a une histoire commune et même millénaire avec ce pays n’a aucune envie que le Soudan devienne comme la Libye après la chute de Kadhafi. Pour le Sahara occidental la question de la reconnaissance de la résistance sahraouie dirigée par le Front Polisario et officiellement reconnue par l’Algérie est éminemment complexe du fait que la plupart des pays arabes précisément du Golfe et de l’Arabie saoudite entretiennent des liens très affectifs avec la monarchie marocaine et tout ce que dira celle-ci est argent comptant. Il est à craindre qu’au cours du sommet d’Alger on ne fera que survoler cette question avec peut être le maintien d’un statu quo qui n’envenimerait pas les tensions qui existent actuellement entre l’Algérie et le Maroc.
