C’est officiel ! La baisse de l’IRG pour les retraités dont le revenu dépasse les 30 000 dinars sera appliquée dès ce mois de février, c’est ce qu’annonce la CNR. La caisse n’explique pas comment a été fait le calcul mais on peut croire qu’il est bienvenu pour les intéressés qui peinent actuellement à boucler leurs fins de mois.
L’Algérie compte trois millions de retraités et il ya 130 mille nouveaux qui rejoignent ce nombre impressionnant de pensionnés. Pourtant la population n’est pas vieillissante. Elle est même relativement jeune. En réalité on n’aurait jamais atteint un tel nombre si le départ à la retraite n’avait pas été bouleversé par le dispositif de la retraite dite proportionnelle dont le départ avait été fixé à 50 ans après un travail effectif de vingt ans. Dès l’application de cette mesure la plupart des quinquagénaires ont déposé leur dossier de retraite auprès de la caisse. Avant cette mesure devenue très controversée par la suite l’âge légal du départ à la retraite était fixé à 60 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes. On comptait alors cinq cotisants pour un retraité. Il y avait un bon équilibre de la trésorerie. Ce principe inter générationnel a toujours fonctionné comme cela. L’introduction de l’avancement de l’âge de départ à la retraite censé au moment de son adoption laisser la place à des travailleurs plus jeunes devant assurer immédiatement le départ des partants s’avèrera vite défectueux car il ne permit aucunement cette relève parce que tout simplement les recrutements se faisaient au compte-gouttes surtout dans les entreprises publiques dont les trésoreries étaient pour la plupart déficitaires. La plupart d’entre elles en fait avaient suspendu tout recrutement. Cette théorie généreuse concoctée par le FMI montra tout de suite ses limites. En fait elle est devenue désastreuse pour la CNR qui faisait face, chaque année, à un afflux massif de jeunes retraités. Cela fonctionnait quand l’État à l’époque, dans l’euphorie de la montée vertigineuse des prix du pétrole, versait 3% des revenus pétroliers et gaziers à la caisse des retraites. La CNR vivait donc financièrement de la rente procurée par les hydrocarbures. À telle enseigne que le président défunt dans un geste de générosité sans précédent dans les annales financières prit la décision d’augmenter arbitrairement et de manière très substantielle toutes les pensions de retraite. Il y avait de l’argent alors autant en profiter sauf que les beaux jours s’assombrissaient avec la chute des prix des hydrocarbures intervenue en 2014. C’était brutal et inattendu pour cet État devenu pour la majorité de la population providentiel. Le temps des vaches maigres s’introduisant soudainement et avec une telle brusquerie mit fin au rêve et on commença alors à réfléchir à tous les moyens de réduire drastiquement les finances publiques car la rente, cette précieuse rente faisait partie du passé. Dans un tel contexte marqué par l’austérité, la CNR se retrouva face à un gouffre financier d’une ampleur inégalée. Toutes les règles prudentielles imaginées par elle pour colmater des brèches qui ne cessaient de grandir et se multiplier s’avérèrent vaines et n’eurent aucun impact. Le déficit ne cessait de s’élargir. Seul l’État pouvait sauver le paiement de ces trois millions de retraités tous secteurs confondus sauf que celui-ci éprouve de plus en plus de difficultés à y faire face. Des calculs extrêmement compliqués sont réalisés chaque année pour trouver les fonds nécessaires pouvant assurer le versement, chaque mois des pensions à ces millions de retraités. Selon le directeur de la caisse le déficit de celle-ci a atteint 700 milliards de dinars. Cela ne peut plus continuer ainsi et le gouvernement le sait très bien. Déjà l’année précédente il avait pris une mesure inédite. Il avait suspendu le relèvement des pensions qui intervenait chaque année de manière automatique. Il semble que cette automaticité ne sera plus de mise. En 2022 on a remplacé l’augmentation par une baisse de l’IRG pour ceux qui perçoivent une pension supérieure à 30 000 dinars. Une manière de relever quelque peu les pensions. Relèvera-t-on à nouveau les pensions en mai prochain ? Si c’est le cas il ne faut pas s’attendre à une augmentation significative car cela n’est désormais plus possible tant qu’on n’atteindra pas un nombre de cotisants adéquats pour le départ de tout retraité. Ce sera désormais à cela qu’il faudra s’attendre et certains experts disent que l’âge du départ à la retraite à soixante ans est déjà un handicap pour atteindre un équilibre relatif de la trésorerie de la CNR. On parle dans les coulisses d’un rallongement de l’âge de départ à la retraite. Ce sera peut-êtresoixante-deux ans ou même plus. Des données sérieuses le prévoient car selon celles-ci la population active algérienne n’est pas sujette au vieillissement et l’espérance de vie des personnes en Algérie a augmenté d’une dizaine d’années : 72 ans pour les hommes et 80 ans pour les femmes.
