Ramadan 2022
Différent des précédents
Djamel Saadi
La bonne nouvelle c’est la disparition du Covid. Enfin ! Plus de confinement même allégé, non plus de porte de masque sauf ceux qui le veulent, tous les magasins sont ouverts, les entreprises produisent, l’immobilier reprend. Parlons à présent de la mauvaise, celle de l’érosion ascendante du pouvoir d’achat due à une inflation qui ne cesse de gonfler et surtout la rareté des produits essentiels de la consommation.
Ces deux dernières années les Algériens ont connu deux Ramadan pas ordinaires du tout. Confinés durant la soirée ils ne pouvaient se rencontrer comme ils aimaient le faire pendant le mois de jeune. La tristesse se voyait dans les visages car la pandémie envoyait à la morgue beaucoup de personnes. Au cours de ces deux dernières années beaucoup de familles ont perdu un des leurs. Par ailleurs certaines activités avaient cessé causant la perte de milliers d’emplois ; Non ce n’était pas la joie ! On se demandait ce que sera 2022. Au cours de ce premier trimestre les choses commençaient enfin à se décanter. L’économie nationale qui était en berne pendant ces deux précédentes années recommençait à reprendre des couleurs. Les exportations de nos hydrocarbures reprenaient et le matelas de devises n’était plus pelliculaire mais s’épaississait quoique pas comme on pouvait l’espérer mais bon ! La récession si redoutée est derrière nous et c’est un ouf de soulagement pour le gouvernement qui a réactivé beaucoup de projets restés en suspens faute d’accompagnement financier. De plus la politique libérale insufflée par l’État a permis au secteur privé productif (agricole ou industriel) de songer à exporter à l’étranger des produits devenus très appréciés. Donc toutes les conditions sont réunies pour parler à nouveau de relance économique. Cependant un problème de taille n’est toujours pas réglé, celui de l’inflation qui est en train de battre des records. Jamais on n’a connu une telle flambée des prix s’inscrivant dans la durée. Une inflation due à la dévaluation de notre monnaie nationale. Celle-ci a commencé il y a trois ans déjà et elle se poursuit encore mais pourtant les conditions économiques qui prévalaient au cours de ces trois dernières années ne sont plus les mêmes au cours de ces deux derniers mois où notre pétrole et notre gaz se vendent bien et au prix fort. Or nous savons que la valeur du dinar a de tout temps été indexée sur les cours de nos hydrocarbures. En principe une réévaluation du dinar est non seulement possible mais nécessaire car sans un tel réajustement vers le haut de notre monnaie nationale, l’inflation continuera sa course effrénée. À la veille de ce Ramadan 2022 tous les produits de consommation flambent qu’ils soient frais ou agro-industriels. Il s’agit de la production nationale et non de l’importation et c’est cela qui rend difficile notre compréhension. Les revenus faibles et moyens et Dieu sait qu’il y en a commencent déjà à souffrir. Leur porte-monnaie se vide plus tôt que prévu et ils commencent déjà à s’endetter. Qu’est-ce que ce sera les premiers jours de ce mois propice à la surconsommation. Les prix des légumes, des fruits ont atteint des sommets en cette veille du Ramadan et ce sera comme ça durant les dix premiers jours quand les consommateurs seront carrément lessivés. La viande : Parlons-en ! Qu’il s’agisse de viande de mouton, de bœuf ou de poulet il faut mettre au bas mot entre 800 et 1000 dinars pour acheter ce précieux accompagnateur des plats servis dans cette mythique maida de Ramadan. Quant aux desserts à base de lait il faudrait d’abord trouver ce précieux liquide. Où et quand peut –on le dénicher pendant la journée ? C’est une question à un million de dinars. Différent ce Ramadan 2022 ? Forcément il l’est déjà et ceux qui s’apercevront de cette différence ce sont ces citoyens qui vivent de leurs salaires, le plus souvent payés au SNMG ou légèrement plus. Comment peut-on passer un Ramadan plus ou moins correct lorsqu’un revenu plafonne les 20 000, 30 000, 40 000 et même 60 000 dinars ? La réponse n’est pas dure à trouver et c’est celle-ci : On ne le peut pas.
