La mosquée Sidi Ghanem, située dans la vieille ville, constitue un repère phare dans la mémoire collective des Milis. Avec Ain Labled et la muraille byzantine, qui ceint la cité antique, la bâtisse religieuse médiévale incarne, dans les représentations des riverains, ce passé lumineux où Mila rayonnait sur de larges territoires de la Numidie. En plus de sa fonction de base de lieu de culte, elle était le sommet des institutions sociales, administratives et politiques au Moyen-Âge. Elle était et demeure encore le symbole de l’Islam constructif, l’Islam de la Science, de la Tolérance, du Dialogue et du Pardon. C’est dans sa salle de prière, encore bien identifiable aujourd’hui malgré l’état physique de l’enceinte, que les habitants de la région avaient appris les préceptes de leur religion dès l’islamisation de la ville en 679, et découvert un nouveau mode de gouvernance, basé sur la justice et la fraternité, complètement différent de celui byzantin qui était de mise jusque-là.
Édifiée par Abu El Mouhadjer Dinar en 679 (l’an 59 d’El Hégire), elle est considérée comme la première mosquée dans toute l’Algérie et la deuxième en Afrique du Nord après celle de Kairouan, édifiée en 651. Cela faisait et fait encore d’elle une source de fierté pour tous les habitants de la région pour ce qu’elle leur inspire comme sentiment d’appartenance et valeurs spirituelles.
Mais le fait qu’elle soit l’une des premières mosquées dans le Maghreb n’est pas la seule chose qui la caractérise des autres bâtiments religieux de même rang. Beaucoup d’autres secrets d’ordre historique, politique et architectural la singularisent. Mais, faute probablement d’une présentation correcte, ou du moins suffisante, de l’édifice par la direction de tutelle, beaucoup, pour ne pas dire tous, de ces secrets demeurent inconnus en dehors des cercles restreints des spécialistes. Si l’on sait, par exemple, que la mosquée Sidi Ghanem avait été construite sur les reliques d’une église catholique et non moins siège de l’évêché de Saint Optat (360 avant Jésus Christ), beaucoup de riverains ignorent, en revanche, que l’édifice, et malgré la connaissance de ses bâtisseurs en matière d’orientation spatiale, avait fonctionné, dans ses débuts, avec un Mihrab dirigé vers le Sud, au lieu de l’Orient comme le veut le texte coranique et que cette anomalie ne fut corrigée que très tardivement. Sur les causes de cette orientation spatiale erronée, le guide touristique chargé de la mosquée, M. Mohammed Zouaghi, nous dira : « La mosquée avait été construite sous la dynastie des Omeyyades. Ceux-ci avaient leur capitale à Damas et orientaient toutes leurs constructions syriennes vers la Mecque qui se trouve géographiquement au sud du Chem. Pendant la construction de la mosquée de Sidi Ghanem, ils n’avaient pas changé de reflexes, croyant que la Kibla, représentée par la Kaâba, était toujours dans le sud par rapport à Mila ». L’on saura également que l’édifice fut construit 48 ans seulement après le décès du Prophète (QSSL), que sa salle de prière pouvait contenir jusqu’à un millier de fidèles, qu’il avait quatre portes, dont l’une, principale, était plus grande que les trois autres et qu’il avait été transformé en église, puis en caserne militaire entre 1871 et 1962 sous l’occupation française. Mais là ne sont pas tous les secrets que nous détenons de notre généreux guide. Si nous en avons tu une multitude d’autres aussi intéressants que merveilleux, comme celui de ces pierres qui portent des transcriptions en alphabet latin et des précieux objets mis au jour par des fouilles archéologiques récentes entre autres : c’est par le souci de laisser le plaisir de les découvrir aux visiteurs qui se rendraient sur les lieux en ce mois du patrimoine où le « sanctuaire » a été ouvert au public. Signalons qu’avant de devenir mosquée, la bâtisse avait été l’un des grands sièges du catholicisme en Afrique du Nord, où officiait l’évêque Saint Optat de Milev. L’édifice catholique avait, soixante ans seulement avant la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, abrité un concile général, c’est-à-dire une assemblée d’évêques de toutes les églises tant catholiques qu’orthodoxes, concile présidé par Saint-Augustin (354-430) qui était l’un des quatre Pères de l’église occidentale à cette époque de l’Antiquité.
La reine est sur l’esplanade de la mosquée
En sortant de la mosquée, le visiteur se retrouve face à face avec la reine Milou. Elle est là, celle qui avait repoussé les envahisseurs byzantins, sur l’esplanade de la mosquée, majestueuse comme elle avait toujours été. La reine de la Numidie, Milou ou Mlou. Son portrait est taillé dans un bloc de marbre blanc de 2,94 m de hauteur, qui occupe le centre de la place s’étendant aux portes de la mosquée. Elle est assise sur son trône, le buste droit, sa robe royale lui tombant jusque sur les pieds repliés sous son siège de souveraine. À propos de cette statue, Amine Bouchaâr, un autre guide touristique, nous dira : « La statue de Milou a 20 siècles d’existence. Le bloc de marbre blanc dans lequel elle est taillée a été ramené du gisement de Filifla, dans la Wilaya de Skikda » Et d’ajouter : « Une association américaine spécialisée en archéologie avait rendu visite à la vieille ville de Mila, en 2008, et nous avait affirmé que ce portrait de la reine Milou constitue la plus grande statue en marbre blanc au monde. » Notre interlocuteur, ainsi que sa collaboratrice, Imène Azri, ont saisi l’occasion de notre passage, ce mercredi 4 mai, sur les lieux, pour inviter les citoyens à rendre visite à la vieille ville de Mila, à l’occasion de ce mois de patrimoine, où les portes des riches sites archéologiques sont ouverts au public.
