Le second tour des élections législatives françaises c’est dimanche prochain. Au premier tour les ressortissants français d’origine algérienne ont voté pratiquement tous pour la NUPES dirigée par Jean Luc Mélenchon. Il y aurait aussi une proportion non négligeable parmi les franco-algériens qui se sont abstenus. C’est vers cette frange de la population que la NUPES se dirige. Elle est suivie de près par les macronistes.
Ce n’est pas un simple hasard que la nouvelle ministre des affaires étrangères, Catherine Colonna s’est saisie de son téléphone pour téléphoner à son homologue algérien, Ramtane Lamamra qui est, rappelons-le également chargé de notre communauté algérienne établie à l’étranger. Toute coïncidence semble exclue même si on ne fait pas état du sujet, autrement dit du vote des citoyens français ayant la double nationalité car l’enjeu est crucial pour les deux parties en présence, à savoir l’union populaire et « Ensemble », la coalition réunie autour d’Emmanuel Macron. Toute voix obtenue compte car pour Macron il est impératif d’obtenir la majorité absolue pour pouvoir gouverner comme il le veut. S’il n’obtient pas cette majorité de sièges à l’Assemblée, il doit se contenter d’une majorité relative et cela rendra l’exercice de son mandat difficile car il sera obligé de faire des compromis avec les Républicains, lesquels l’attendent au tournant. Du coté de Jean Luc Mélenchon les voix des abstentionnistes et on sait qu’ils sont nombreux notamment chez les jeunes des quartiers sensibles et des banlieues où vit une partie importante de franco-algériens, de maghrébins et d’Africains, tous nés français et donc disposant du droit de vote feront la différence et augmenteront le nombre des sièges à l’assemblée. Certes le leader de la France insoumise sait pertinemment bien qu’il ne pourra pas obtenir lui aussi la majorité absolue mais il espère réduire le nombre de sièges d’une majorité relative que pourraient obtenir les macronistes, ce qui renforcera davantage la NUPES dans son exercice de principal opposant à une majorité présidentielle qui ne serait plus relative mais simple. Ce coup de fil de Catherine Colonna est donc calculé. Elle espère que Ramtane Lamamra qui exerce une bonne influence sur notre communauté algérienne installée en France et dont pratiquement ses deux tiers ont obtenu la nationalité française fasse un geste pouvant amener ceux qui ont voté au premier tour pour la NUPES de changer leur bulletin au second tour en faveur de la majorité macroniste mais aussi de faire en sorte que ces franco-algériens qui se sont abstenus de voter au premier tour d’aller voter au second et pour « Ensemble » et non pour la NUPES. Bien sur la nouvelle ministre a insisté sur la relance de la coopération multiforme que le président Macron entend désormais renforcer avec l’Algérie en mettant un terme à tout différend qui pourrait encore subsister, entendre par là la question mémorielle. Dans ce jeu diplomatique intense qui existe actuellement entre la France et l’Algérie, notre pays est devenu un arbitre. Un arbitrage néanmoins délicat car Jean Luc Mélenchon a récemment déclaré que s’il accédait au poste de premier ministre de la France,son premier voyage à l’étranger sera réservé à l’Algérie dont il entend signer un traité d’amitié et de coopération inégalé jusqu’ici et la question mémorielle figure au premier plan. Pour Mélenchon la France n’hésiterait pas à clarifier sa position, jusqu’ici en demi-teinte, pour les crimes commis par elle durant l’occupation et la colonisation de l’Algérie. En tout état de cause tout dépendra le 19 juin prochain de l’attitude qu’observeront ces presque quatre millions de franco-algériens.
