Chaque été c’est la course au phénomène de la « Harga ». Les embarcations clandestines embarquent au-delà de leur capacité d’accueil, provoquant immanquablement des drames en mer et chevauchant des vies de jeunes gens des deux sexes, tentés par une aventure sans lendemain dont l’issue n’est pas celle à laquelle ils pensent.
Avant-hier au large de la cote algéroise, une embarcation transportant un nombre élevé de « harragas » a chaviré. Ceux qui savent nager ont pu rejoindre le littoral et fuir mais ceux qui ne savaient pas brasser ou qui furent pris de fatigue ou de malaise ont malheureusement péri. Leurs corps ont été repêchés par la suite. Une autre information fait état de la découverte de personnes nageant désespérément pour retourner là où ils avaient embarqué parmi ces gens une femme enceinte. Malgré tous les efforts entrepris par les autorités maritimes dont la marine nationale pour arrêter ce flux migratoire clandestin les embarcations clandestines dont la plupart d’entre elles ne répondent aucunement aux normes d’une traversée en haute mer continuent de faire leur plein de jeunes gens ou de moins jeunes parmi eux des femmes et même des enfants. Ces voyages aventureux coutent une fortune pour ces candidats à l’émigration clandestine. Ceux qui en profitent sont les organisateurs qui financent ces traversées périlleuses. Tout une filière s’est constituée ces dernières années pour faire de la « Harga » un commerce juteux. Ainsi on trouve à la tête de cette organisation d’ex barons du commerce informel qui se sont reconvertis dans le transport humain vers les rives de l’Europe. Ils n’hésitent pas à financer des constructeurs d’embarcations en empochant une ristourne généreuse. Ces ateliers clandestins de fabrication proposent ensuite à des « pilotes » ces embarcations à des prix coûteux, d’autres prohibitifs car une concurrence farouche s’est installée au détriment bien sûr de la qualité de l’embarcation en question. Une barque moins chère à la vente ne résiste pas à une traversée de plus de cinquante kilomètres au large de toute cote. Une embarcation plus chère peut résister à une traversée pouvant accéder non loin d’un rivage européen. Tout dépend dans ce cas de celui qu’on appelle « pilote » car c’est lui qui vend les places aux candidats de la « harga ». Si le prix proposé, façon de parler, est « raisonnable » il y a nécessairement anguille sous roche, autrement dit l’embarcation en question a peu de chance d’arriver à destination, d’où cette augmentation des drames en mer. Ceux qui échappent au péril sont souvent ceux qui paient le prix fort du voyage à bord d’une embarcation plus solide. Les pilotes qui empochent l’argent avant que le candidat ne mette un pied dans l’embarcation sont pour la plupart du temps d’ex mariniers qui connaissent la mer et savent parfaitement nager des kilomètres en cas de chavirement de leurs embarcations. Certains mêmes portent en permanence des gilets de sauvetage leur permettant ainsi de rester dans l’eau des jours entiers et finalement être secourus. La plupart des passagers n’en n’ont pas ou s’ils veulent en acquérir ils doivent payer avant leur embarcation ce gilet à prix élevé. Malheureusement la plupart de ces candidats ont payé jusqu’au dernier sou leur voyage. Aujourd’hui les statistiques sont formelles : Le nombre d’Algériens tentant l’aventure de la « harga » a exponentiellement augmenté juste après l’affaiblissement de la pandémie du Covid. On parle de centaines de départs par jour.Les deux tiers sont heureusement arraisonnés par la marine nationale et leurs passagers ramenés à terre. Le tiers restant finit par rejoindre un rivage européen espagnol ou italien mais dans ce tiers il ya des disparitions dont on ignore le nombre. Cette situation ne peut plus durer et le gouvernement agit souvent en aval au lieu de s’attaquer en amont autrement dit aux organisateurs de ces aventures criminelles qui se font de l’argent sur le dos des victimes mortes en mer ou vivant de l’autre côté dans des conditions carcérales lorsqu’ils sont appréhendés ou rasant les murs des villes européennes en se cachant en permanence de peur d’être découvertes. Ceux qui arrivent à trouver un travail ne sont pas mieux lotis car ils sont payés au noir et leurs salaires leur permet à peine de survivre. Il est loin cet eldorado dont ils rêvaient avant de s’embarquer dans une aventure sans lendemain.
