Ce n’est un secret pour personne, nos produits de consommation de base passent la frontière nord- est et sud-est du pays sans coup férir. Ils sont écoulés par les contrebandiers tunisiens et même libyens dans leurs pays. Ces derniers les revendent à leur tour à des grossistes. Ces deux catégories s’arrogent des marges bénéficiaires exorbitantes et au final c’est le consommateur de ces pays qui est saigné à blanc.
Ainsi en ce qui concerne l’huile de table, un produit devenu très rare dans le pays voisin, la bouteille de cinq litres varie entre 300 et 5OO dinars tunisiens selon la qualité du produit en question (300 pour la Safia et 500 pour oléo). D’autres produits sont concernés surtout ceux qui ne sont pas périssables, comme le sucre dont la Tunisie manque cruellement. Ce trafic profite aux réseaux mafieux installés des deux côtés de la frontière. Il est facilité grâce à l’existence de ces zones où les ressortissants des deux pays peuvent circuler librement sans craindre d’être refoulés. Les accords algéro-tunisiens concernant la libre circulation des populations vivant à proximité des limites territoriales des deux pays permettent aux réseaux de contrebande d’accéder facilement et partant de là écouler leurs marchandises. Ce cercle vicieux est connu des autorités des deux pays mais celles-ci ne veulent pas compromettre la politique de bon voisinage qui solidifie les relations fraternelles des deux pays. Dans un passé récent ce problème de contrebande existait bien sûr. Il a d’ailleurs toujours existé mais à une moindre échelle. Ces deux dernières années il a pris une ampleur démesurée à cause des problèmes économiques que connait la Tunisie qui n’arrive plus à nourrir convenablement sa population. La guerre russo-ukrainienne a encore compliqué e de manière considérable la situation. En effet la Tunisie dépendait pour ses approvisionnements en céréales et en huile végétale de l’Ukraine.Ce pays est aujourd’hui obligé d’en importer de France dont le prix à la tonne est le double de celui qui était vendu par l’Ukraine. Il en va de même pour l’huile de tournesol dont le manque est ressenti même en Europe. Faut-ilajouter le prix de l’essence qui bat tous les records dans ce pays et on se trouve devant une économie informelle qui s’est imposée comme le seul recours pour les opérateurs économiques tunisiens qu’ils soient commerçants ou restaurateurs. En fait les autorités algériennes ferment les yeux sur le trafic des produits de consommation courante qui existe entre les deux pays pour des raisons strictement humanitaires et par solidarité. Imaginons un instant que l’Algérie ferme sa frontière Est comme elle l’a fait avec le Maroc ce serait tout simplement la paralysie complète du pays voisin et cela l’Algérie ne le veut a à aucun prix. Au contraire notre pays est en train d’aider au mieux de ses possibilités et parfois bien au-delà ce pays frère. Cependant laisser libre court aux réseaux mafieux qui existent des deux côtés de la frontière n’est pas la solution car au final les populations des deux pays sont pénalisées. L’une, la tunisienne à cause des prix exorbitants de ces produits dont la grande partie de la population appauvrie ne peut acheter, l’autre algérienne à cause de la rareté de ces produits qui s’en vont ailleurs et qui cause des pénuries à répétition qui exaspèrent de plus en plus les populations locales vivant non loin de la Tunisie.
