La célébration du 68ème anniversaire du 1er Novembre sera grandiose et particulièrement riche à Mila. Un programme à la hauteur de l’événement a été mis en place par les autorités, en prévision de cette date historique. Il s’étalera sur trois jours, soit du lundi 31 octobre au mercredi 2 novembre. Plus d’une vingtaine et d’activités officielles différentes sont prévues dans le programme. La première journée sera entamée par le lancement d’une caravane juvénile en direction de la localité historique de Zouabak, dans la commune de Layadi Barbas. Organisée par la wilaya et le Haut Conseil de la Jeunesse, la caravane rencontrera des moudjahidine et des acteurs de la Guerre de Libération Nationale à Zouabak. Pour le rappel, c’est dans la région de Zouabak que l’armée française mettait à mort les prisonniers algériens, en les jetant dans un précipice, du haut de la montagne éponyme. Après le coup d’envoi de la caravane juvénile, les autorités, à leur tête le wali, Mustapha Koreich, se rendront dans la commune de Tadjenanet, au sud de la wilaya, où il sera procédé à la pose de la première pierre de deux projets de développement. Il s’agit d’un projet de réalisation de 100 logements sociaux-locatifs et d’un groupe scolaire de type B. La virée de Tajenanet sera ponctuée également par une visite de courtoisie à madame Maâmeri Ouarda, veuve et chahid, et au moudjahid Saâd Hallal Salah. La soirée du lundi sera marquée, à partir de 21h 45, par des activités culturelles au musée El Moudjahid de la ville de Mila, où l’on prévoit d’honorer des moudjahidine, des veuves et des filles de chahid. Il y aura, en soirée également, un défilé des Scouts Musulmans Algériens qui s’ébranlera de l’esplanade de Ain Seyyah vers cimetière des martyrs de la révolution. Ces activités dureront jusqu’à minuit. À 00h, il sera procédé à la levée des couleurs nationales et au lancement des traditionnels jeux de feux d’artifice. La journée du 1er Novembre, et après la pose de trois gerbes de fleurs sur la stèle commémorative du cimetière des martyrs, les autorités procéderont à l’inauguration de deux gares routières dans la ville de Mila, le lancement du festival national du Soroban, l’organisation d’une exposition historique à l’université Abdelhafid Boussouf et la baptisation de la résidence universitaire des 1000 lits du nom du chahid Hiour Ammar, et d’une avenue de la ville de Mila du nom du moudjahid Mrikhi Ahmed. La journée du mercredi 2 novembre connaîtra la mise en service du projet d’alimentation en gaz de la commune de Chigara et l’octroi, à cette même commune, d’un bus pour le transport scolaire, ainsi que la pose de la première pierre d’un projet immobilier à Sidi Merouane.
Les grottes de Djebel Feltene…témoins perpétuels des massacres commis par la France coloniale
Les grottes de Djebel Feltene relevant de la commune de Oued Seguen (Sud de la wilaya Mila) sont des témoins perpétuels de la barbarie de la France coloniale, qui a fait de ces lieux des antres de crimes collectifs contre des centaines d’Algériens, dont les restes n’ont été sortis qu’après l’indépendance.
Le moudjahid Amar Boudhersa (85 ans), secrétaire de la délégation des moudjahidine de la daïra de Teleghma, a témoigné que ces excavations, qui étaient à l’origine une mine de fer exploitée sous l’occupation française, ont été transformées en tombes collectives pour des centaines d’Algériens, dont des civils et des maquisards.
Selon M. Boudhersa, qui a rejoint les maquis de l’Armée de libération nationale en 1955, la France coloniale après avoir cessé l’exploitation de ce gisement minier, l’a transformé en fosses communes pour se débarrasser des corps de ses victimes, amenées des localités avoisinantes de Oued Seguen, dont ChelghoumLaïd et Constantine, et des centres de torture à l’instar de ceux de Teleghma, de la Cité Meziane (Constantine) et probablement de biens d’autres régions du pays.
Il a expliqué avoir été, lui-même et les membres du groupe de moudjahidine auquel il appartenait, témoins d’une de ces atrocités alors qu’ils se trouvaient à Djebel Feltene, relevant de la wilaya II historique.
« Nous avons vu quatre jeeps militaires françaises faire descendre près de cette mine de nombreuses personnes, qui ont toutes été exécutées par balles puis jetées dans les grottes », a-t-il attesté, toujours ému par cette scène atroce.
« Devant ces crimes commis quasi quotidiennement, nous nous devions d’agir pour venger nos frères », a poursuivi le moudjahid, ajoutant qu’au printemps 1959, ils avaient tendu une embuscade à une patrouille des forces spéciales françaises stationnées à Teleghma éliminant les 18 soldats qu’elle comprenait ».
Quelques jours après cette action, leur refuge à Djebel Feltene a été découvert et encerclé par les troupes françaises, a-t-il enchainé. « L’accrochage avait duré un jour entier. Trois moudjahidine sont tombés au champ d’honneur, dont le responsable du groupe », a déclaré Amar Boudhersa, assurant que son groupe a pu éliminer plusieurs soldats français avant son retrait vers la forêt Chetaba d’Ain Smara (wilaya de Constantine).
Plus de 660 cadavres dégagés
Après le référendum sur l’autodétermination du 1er juillet 1962, la priorité pour le moudjahid Amar Boudhersa et le groupe de l’ALN auquel il appartenait, était de se rendre à la mine de Djebel Feltene. Mais rien ne les avait préparés à l’horreur qu’ils allaient constater une fois sur place. « Les cadavres étaient entassés et il nous a fallu un mois pour arriver à sortir toutes les victimes de cette sauvagerie inouïe du colonisateur français », s’est-il remémoré encore secoué par ces découvertes macabres.
Pas moins de 664 cadavres, majoritairement des hommes, avaient été dégagés, a précisé ce témoin de la barbarie coloniale, ajoutant qui leur était alors impossible d’identifier beaucoup des victimes, à l’exception de celles qui avaient des signes distinctifs.
Plusieurs années après l’Indépendance, de nombreuses familles de différentes wilayas du pays se rendaient régulièrement dans la région de Feltene à la recherche de leurs fils moudjahidine. Elles affirmaient détenir des informations selon lesquelles ils (leurs fils) avaient été exécutés et jetés dans cette mine après leurs arrestations, a-t-il relevé.
Pour le moudjahid, les entrailles de cette ancienne mine conservent toujours les corps de victimes algériennes et les crimes perpétrés par la France coloniale contre les Algériens sont à jamais ancrés dans la Mémoire collective.