Le syndicalisme en Algérie: Persona non grata dans le secteur privé

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Le secteur privé est le plus gros employeur du pays. À côté de lui, le secteur public économique ne représente à peine que 20 %. La centrale syndicale UGTA est exclusivement dominante dans les EPE. Il y a d’autres syndicats autonomes mais ceux–ci sont implantés dans la fonction publique. Par contre dans le secteur privé, qu’il s’agisse de grandes entreprises ou de PME aucun syndicat n’a droit de cité.

La défense des intérêts des travailleurs dans le pays ne concerne que ceux qui ont la chance de travailler dans les entreprises publiques ou s’ils sont employés dans la fonction publique. Pour les autres, autrement dit l’écrasante majorité c’est la volonté patronale qui domine et ni le gouvernement ni le parlement n’y peut rien. Depuis que le pays s’est ouvert à l’économie de marché en optant progressivement pour le libéralisme économique il n’y a eu aucune pression ni de l’exécutif ni des représentants du peuple pour introduire l’action syndicale représentative dirigée vers le patronat. Celui-ci ne veut pas en entendre parler arguant le fait que l’introduction de toute action syndicale dans l’entreprise privée freinerait le développement de celle-ci et bloquerait tout investissement. L’argument est devenu imparable pour tous les gouvernements qui se sont succédés depuis le changement politique et économique intervenu en 1989. Malgré des discours pompeux sur la justice sociale de l’ex parti unique et des autres partis politiques qui avaient fait de la démocratie leur fer de lance la détermination du secteur privé dont sa part dans l’économie nationale ne cessait d’augmenter pour devenir en l’espace de quelques années prédominante restait inchangée. Pas question pour les patrons de groupes industriels, d’autres entreprises de plus ou moins grande taille ou de petites et moyennes entreprises d’autoriser toute représentation de leurs employés. Les revendications salariales ou d’ordre social, comme l’assurance maladie ou les retraites sont le fait du prince, c’est-à-dire du patron quand il s’agit d’une EURL ou petite PME ou du conseil des actionnaires quand il s’agit d’une société ou il y a des associés. C’est donc, ni plus ni moins qu’une question relevant de la philanthropie sociale et du bon vouloir. Dans un pays qui a toujours et depuis l’indépendance fait de la justice sociale son crédo politique on peut dire qu’il a réalisé celle–ci uniquement dans un tiers de la population au travail, les deux tiers restants sont quant à eux des laissés pour compte. Combien sont–ils ces salariés du privé qui touchent des allocations familiales, des remboursements de leurs frais de maladie ou d’accidents de travail ou tout simplement inscrits dans le régime des retraites. Il n’y a aucune statistique sur ce sujet très sensible.  Une chose est quasiment certaine ils sont une minorité. Quant aux licenciements pour des causes multiples qui sont régulièrement opérés dans le secteur privé ils sont légion et ceux qui sont licenciés n’ont aucun recours car la législation des conflits sociaux (les prudhommes) ne les concerne pas. Quel avenir est réservé pour ces millions de travailleurs restés en rade de l’échelle sociale ? Pour le moment l’État n’a aucune réponse à donner car il estime que la croissance économique reste encore précaire et que le pays a besoin d’opérateurs et d’investisseurs qui arriveront à faire de cette croissance un point de non-retour. Alors et à ce moment-là il pourra obliger les patrons grands, moyens et petit à introduire la représentation des travailleurs dans leurs entreprises. Combien faudra-t-il encore attendre ? Dieu seul le sait.

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