L’organisation des patrons d’entreprises publiques vient de réélire son président. C’est Charaf Eddine Amara, l’actuel PDG de la holding publique MADAR. Ce renouvellement de confiance envers ce gestionnaire est fondé par sa gestion efficace du patrimoine d’affaires appartenant à l’État. Un pragmatisme non sclérosé qui a sauvé des EPE performantes et mit aussi un terme à celles menacées d’une banqueroute prévisible.
Depuis que ce PDG est à la tête de l’UNEP, on entend à nouveau parler de cette organisation qui était pendant très longtemps le partenaire incontournable de l’État à côté du syndicat unique des travailleurs. En ce temps-là le secteur privé n’avait pas droit de cité dans les rencontres à trois : Gouvernement–UNEP et UGTA. Pendant des décennies cela fonctionnait comme cela jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika qui permit au secteur privé d’entreprendre dans tous les secteurs de l’économie nationale, mettant ainsi fin au monopole quasi exclusif des EPE, lesquelles commencèrent à faire face à une concurrence à laquelle elles ne s’y attendaient pas. Avec l’autorisation d‘importer où le secteur privé s’y engouffra avec pertinence, ayant suffisamment de ressources financières accumulées pendant la période dite de l’Infitah introduite sous la présidence Chadli. Des milliards de dinars furent ainsi libérées de l’anonymat dans lequel ils se trouvaient et inondèrent de manière surprenante le pays de produits provenant de l’extérieur, engrangeant ainsi des profits monumentaux à un secteur privé qui n’attendait que le moment pour monter en puissance. Si on ajoute à cela la libéralisation du crédit bancaire on a alors tous les ingrédients qui vont faire de ce secteur un pivot de l’économie nationale. À partir de là tout s’enchaine et l’UNEP face à un tel géant économique ne pouvait que céder sa place à une autre organisation au sein de la tripartite, celle représentant le patronat privé. L’UNEP devint en l’espace de quelques années une coquille vide. L’influence des oligarques, ces patrons qui avaient les faveurs du pouvoir politique en place devenait prépondérante, à tel point que le syndicat unique qui représentait à 100% les travailleurs du secteur public économique du, par la force des choses se ranger du côté du patronat privé et avaliser toutes les décisions prises au cours des tripartites où le forum des chefs d’entreprises (FCE) dont le président n’était autre qu’Ali Haddad, l’oligarque le plus écouté de l’oligarchie. On vit alors se nouer une relation triangulaire pour le moins étrange entre le patronat privé, la centrale syndicale et le gouvernement représenté par des premiers ministres alliés des oligarques. L’UNEP, quant à elle était totalement effacée du tableau. Elle n’avait plus sa place dans la nouvelle organisation économique projetée par le pouvoir politique de l’époque dont la durée exceptionnellement longue (20 ans) l’a complètement mise hors course. Après la chute du régime de Bouteflika et le remplacement de celui-ci par une direction éclairée qui a pris conscience de ce qui s’était passé, celle–ci, tout en faisant sienne la prépondérance incontestable dans l’économie nationale du secteur privé l’a expurgé des tentacules de l’ex oligarchie prédatrice et instauré un système de partage entre ceux qui détiennent les leviers de l’économie. Il se trouve qu’il y en a deux, le secteur privé et le secteur public qui malgré tous les inconvénients dus à une gestion désastreuse des trésoreries d’une grande partie de ses entreprises détenait encore des secteurs stratégiques de l’économie publique. Mis à part des SPA, des EPIC et des EPE à capitaux à 100% publics, comme Sonatrach, Sonelgaz, Algérie Télécom, une majorité d’entreprises étatiques n’arrivaient toujours pas à se détacher d’une médiocrité de gestion de leurs actifs. La reprise en mains d’une organisation jusqu’ici moribonde qu’était devenue l’UNEP devenait une nécessité impérieuse. La nomination à sa tête d’un entrepreneur compétent, présidant d’une holding publique qui faisait de plus en plus parler d’elle, s’agissant de MADAR était survenue à point nommé car au cours de son premier mandat les choses commencèrent véritablement à bouger dans l’entreprenariat public. L’UNEP a compris qu’elle devait dorénavant agir comme un patronat privé à la différence de ce dernier c’est que cette organisation a pour mission de faire fructifier le portefeuille d’affaires du secteur économique, notamment marchand détenu par l’État.
