Le concept de non alignement né au cours des années cinquante en pleine guerre d’Algérie qui a eu un succès retentissant au cours des années soixante pour ensuite décliner au cours de la décennie 90, veut reprendre ses marques en ce début du 21ème siècle marqué par des incertitudes.
Au cours de la visite d’État du président ougandais en Algérie où il rencontra son homologue algérien avec lequel il s’entendit sur plusieurs points concernant la politique africaine et internationale tout en nouant pour la première fois des liens économiques entre les deux pays, les deux chefs d’État ont convenu d’un commun accord de relancer le mouvement des non-alignés. Celui-ci se tiendra à Alger l’été prochain. Pour les deux présidents cette relance du concept du non alignement est devenue une nécessité impérieuse dans un contexte international truffé de conflits menaçant tous les continents. Face à des blocs qui se sont reconstitués les pays attachés à leur souveraineté veulent se démarquer de tout alignement qui les rendrait vulnérables tôt ou tard. Ces pays ne veulent pas être l’otage de puissances mais désirent être neutres, choisissant leurs politiques étrangères reflétant leurs intérêts, tout en refusant toute allégeance. Cela a toujours été la position de l’Algérie qui a fait des émules à travers le monde et notamment en Afrique où beaucoup de pays africains, ne veulent plus subir des influences de toutes parts les entrainant le plus souvent dans des conflits dont leurs populations deviennent des victimes expiatoires, comme c’est le cas actuellement au Sahel, en Afrique centrale et dans le sud –est du continent. Le président ougandais a compris l’enjeu d’une telle démarche proposée par le président Tebboune et il y a adhéré pleinement. Pour commencer la relance du mouvement sera d’abord restreinte et accueillera les présidents des pays qui ont compris qu’un non alignement vis-à-vis de tout bloc déjà constitué ou en voie de l’être est la seule solution pour conserver toute leur souveraineté politique et qui leur permettra de parler d’une seule et même voix et non plus en ordre dispersé comme c’est le cas actuellement. La tentative est audacieuse et si elle réussit elle entrainera une plus large adhésion. Le mouvement des non-alignés reprendra alors sa force qu’il avait connue au cours de la seconde moitié du siècle précédent. Dans le contexte présent de guerre ouverte comme c’est le cas entre la Russie et l’Ukraine ou celle en suspend comme c’est le cas en Asie (Corée et Taiwan) les superpuissances font de la surenchère et n’hésitent pas à entrainer dans leurs sphères d’influence tout pays dont ils ont calculé sa vulnérabilité en lui offrant toute sorte de soutien y compris et surtout militaire. L’occident a ouvert le bal et les autres grandes puissances l’ont suivi. Chaque partie essaie d’entrainer dans son giron le plus de pays possible. Aujourd’hui la géopolitique est devenue une table de poker où le bluff trouve sa meilleure place. C’est justement ce qu’un non alignement sérieux et non de façade veut éviter en lançant un puissant signal aux grandes puissances leur faisant clairement comprendre qu’il n’entend pas être l’enjeu de toute partie de poker. L’initiative lancée par l’Algérie vient donc à point nommé car le climat international est de plus en plus embrouillé.
