La loi relative à l’information Itinéraire d’un parcours

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 C’est la troisième fois que le statut de l’information change. En fait la circulation des informations s’adapte à son environnement. Au cours des années soixante-dix, l’opinion publique recevait une information à sens unique, très orientée et extrêmement encadrée. Au cours des années 90 c’était une information de combat contre ceux qui voulaient transformer l’Algérie en un Afghanistan bis. Au cours des années 2000 la presse et les médias connurent un foisonnement sans pareil mais dans un désordre décidé par le pouvoir de l’époque.

Au lendemain de l’indépendance les frictions qui apparurent dans la collégialité du mouvement révolutionnaire qui déclencha l’insurrection du 1er novembre 1954 ont eu pour conséquence la prédominance du militaire sur le politique. Le choix d’une direction unifiée et conduite par ceux qui dirigeaient la lutte armée s’imposa comme la seule et unique solution, éliminant de ce fait l’organisation civile du front de libération nationale. Celle–ci se transforma en un parti politique unique qui est aussitôt devenu le porte-parole du pouvoir. Les anciens partis nationalistes qui militaient pour l’indépendance avant le déclenchement de la Révolution et dont le fonctionnement était pratiquement identique à celui des partis politiques français et qui avaient fait majoritairement le choix de se fondre en un front (le FLN) n’eurent plus droit de cité dans le premier État de l’Algérie indépendante. Il y avait désormais un seul parti et celui-ci dictait ou plus exactement obéissait au doigt et à l’œil à l’exécutif incarné par un président de la république disposant d’un large pouvoir. Cet exécutif prend alors la décision de prendre en main l’information en créant un super ministère de l’information en faisant renaitre de ses cendres un journal de combat « El Moudjahid » le transformant en quotidien national d’information, organe de presse public employant des journalistes qui devaient écrire que ce que le gouvernement voulait qu’ils écrivent. C’était en fait un journal de propagande comme il en existait dans les pays qui étaient gouvernés par un parti unique. Élargissant le contrôle absolu de l’information l’État reprenant le contrôle de la radio et de la télévision publique imposa le même fonctionnement de diffusion de l’information. Le pronunciamiento du 29 juin qui mit fin au pouvoir ultra personnalisé du premier président de la république en remplaçant ce pouvoir par un conseil national de la révolution lequel accentua le contrôle de l’information en le rendant un instrument de persuasion de l’opinion publique. Les journalistes de la presse écrite sont alors devenus des fonctionnaires de la plume et rien d’autre. Les médias audio-visuels, quant à eux avaient pour mission de transmettre une image idyllique de l’Algérie où tout se passait bien. Nous n’étions pas loin de la Corée du nord.  Les années quatre-vingt se distinguèrent quant à elles par la transmissions d’informations censées décrisper les tensions sociales qui commençaient à apparaitre dans la société dirigée par un parti unique devenu hyper puissant et dont les militants et les cadres qui le composaient s’enrichissaient à outrance au détriment du peuple souverain qui assistait impuissant à la naissance d’une nomenklatura oligarchique qui exerçait toutes sortes de pouvoirs, y compris et surtout l’information dont elle avait la mainmise et dont l’ambition déclarée consistait à la dépolitiser par la diffusion de contenus tournés vers plus de distraction pour ôter toute envie à l’opinion publique de donner libre cours à tout mécontentement. Le simulacre du 5 octobre 1988 que le pouvoir avait organisé pour démanteler un parti unique qui devenait omniprésent et qui était miné par des contradictions internes insurmontables mit fin à l’existence de ce colosse aux pieds d’argile qu’était devenu le FLN. Une nouvelle constitution instaura alors le pluralisme politique et la liberté de la presse. Durant une année, de 1989 à 1990 ; l’Algérie connut pour la première fois dans son existence en tant qu’État souverain, une explosion médiatique qui donna libre cours à son expression. C’était un défoulement extraordinaire qui, pour la première fois, depuis l’indépendance réconcilia le peuple avec les médias. Hélas cela ne dura pas car les ennemis de la liberté et de la démocratie nés dans le sillage de l’ex parti unique voulaient instaurer un État totalitaire basé sur une interprétation rétrograde de la religion. Ils voulaient s’emparer du pouvoir d’une manière légale d’abord comme le firent Mussolini et Hitler en leur temps pour ensuite s’en accaparer en instaurant un régime de terreur. La parenthèse démocratique se ferma pendant une dizaine d’années de terrorisme aveugle et barbare qui s’en prenait aux intellectuels et aux journalistes. Avec l’arrivée de Bouteflika au pouvoir on croyait naïvement que cette parenthèse de 1989 allait s’ouvrir à nouveau mais c‘était mal connaitre celui qui dirigeait le pays dont l’égocentrisme et le narcissisme s’étalaient au grand jour. Cependant le nouveau chef de l’État, rompu à la politique ne voulait pas ressembler à ses prédécesseurs en muselant la presse écrite et les médias audio–visuels. Il avait sa façon de faire et il réussit car au lieu de contrôler autoritairement l’information il l’a au contraire rendue dépendante en donnant le pouvoir de l’argent à ses propriétaires et on ne s’est pas trompé quand on dit que l’argent c‘est le nerf de la guerre. En accordant l’agrément à une myriade de journaux et en permettant à des chaines télés implantées à l’étranger d’avoir leurs relais en Algérie il leur offrit un pactole inespéré : La publicité institutionnelle à la condition toutefois que cette offre dispendieuse déroule le tapis rouge aux gens du pouvoir et à leurs nombreux cercles de soutien. Après vingt ans d’exercice le pouvoir d’abord fructueux puis allant de plus en plus vers le déclin sombra dans l’impuissance et a fini par disparaitre et avec lui tous les instruments de sa persuasion. La nouvelle direction politique a pris la mesure de l’enjeu que représente aujourd’hui l’information sachant bien qu’elle ne peut plus la contrôler comme cela se faisait auparavant mais seulement en réguler ses mécanismes car en face d’elle il y a les réseaux sociaux et ceux–ci sont redoutables et imprévisibles.

 

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