Cela a fait l’effet d’un coup de tonnerre cette annonce faite à la chaine trois de la radio nationale par le président de l’association nationale des conseillers fiscaux, Boubaker Sellami. Ce dernier a fait part de son inquiétude sur l’état des pertes enregistrées par le trésor public. Ceux qui s’acquittent régulièrement de leurs impôts constituent la minorité face à une majorité de potentiels contribuables qui échappent totalement au fisc.
Dans tout État de droit qui se respecte une telle annonce aurait fait l’effet d’une bombe et aurait entrainé une réaction immédiate de toutes les institutions démocratiquement constituées. En Algérie ce n’est malheureusement pas le cas. On continue de fermer les yeux sur une situation préjudiciable de par son ampleur et qui touche aux finances du pays. Pour M. Sellami, qui visiblement en a gros sur le cœur. C’est tout simplement scandaleux. Il accuse ouvertement ceux qui sont à la tête du commerce informel qui détiennent à eux seuls et pour leur profit exclusif 90 milliards de dollars non déclarés aux contributions fiscales. Une somme qui dépasse et de loin nos réserves de change estimées à 65 milliards de dollars. Ce fait est parfaitement connu par le gouvernement et suscite la colère du président de la république partisan de mesures fortes pour inciter ces barons de l’informel à introduire leurs capitaux dans le circuit formel de l’économie nationale. Des mesures incitatives leur ont été proposées mais ces prédateurs, pires que les anciens oligarques aujourd’hui emprisonnés, font toujours la sourde oreille. Ils ne placent qu’une infime partie de leur argent dans les banques, argent provenant souvent de la promotion immobilière donc légalement recevable par les établissements financiers. On n’a qu’à voir la frénésie de l’immobilier dans les grandes villes où des immeubles de luxe, de plus de dix étages poussent comme des champignons et dont les appartements sont vendus à des sommes astronomiques, achetés le plus souvent rubis sur l’ongle par des gens possédant eux-mêmes des fortunes dont l’origine est douteuse. Ces barons dont on ne connait pas le nombre mais qui doivent être des milliers paient leurs transactions commerciales en liquidités et font un maximum d’attention pour éviter toute traçabilité indiquant leur provenance. Ils échappent ainsi à toute opération fiscale et si celle–ci les touche elle ne concerne que ce qui est sciemment déclaré pour détourner l’attention du fisc. Pour le président de l‘association des conseillers fiscaux il faut frapper fort et la seule manière de contraindre ces informels à mettre fin à leurs agissements frauduleux c’est de changer les billets de banque. Ils seront alors obligés de passer par la banque, laquelle déclarera immédiatement les sommes à changer au fisc, lequel appliquera alors et de manière implacable la règlementation fiscale en vigueur. On verra alors cet argent qui circulait en toute impunité dehors entrer par la porte grande ouverte dans la trésorerie publique, ne laissant à ceux qui le possèdent que la partie à laquelle ils ont droit. Cette mesure très contraignante est la meilleure qui soit, selon M. Sellami car elle mettra fin à ce poison qui n’a jamais trouvé son antidote jusqu’à présent. Cela relève de la volonté politique estime le président de l’association des conseillers fiscaux qui ajoute que le président de la république dont l’intégrité est irréprochable n’est pas loin d’adopter une telle stratégie de récupération de capitaux indument accaparés par des individus sans foi ni loi. Concernant l’amnistie fiscale proposée par certains, M. Sellami juge une telle initiative comme injuste envers ceux qui s’acquittent régulièrement de leurs impôts et laquelle en plus de cela efface toutes sortes de crimes économiques perpétrés par ces barons qui sortiront lavés et blanchis comme neige. Ce n’est certainement pas une pratique de tout État de droit qui se respecte.
