N’y a-t-il plus d’activité politique dans le pays ? Même pas un semblant ? Faudra t-il atteindre la prochaine élection pour réveiller et susciter les ambitions ? Au sein même du parlement il n’y a plus cette fébrilité d’antan qui secouait l’hémicycle. Globalement cela donne l’impression d’une vie chronométrée et ordonnancée. C’est certainement bien pour la sérénité d’une vie publique mais politiquement cela manque de sel.
Au temps du régime politique dominé par un parti unique qui dura de 1962 à 1989, les standards universels de la démocratie n’existaient pas puisque l’unicité de pensée politique s’était érigée en dogme et que la liberté d’expression devenait un fardeau pour celui qui en usait car il devait faire très attention à ce qu’il dit, le dérapage verbal était sanctionné. Nous ne parlons pas ici de la presse mais des hommes politiques de l’époque, tous issus du FLN. Malgré cette épée de Damoclès suspendue au dessus des têtes des ministres, de députés de l’APN ou des élus locaux qui étaient eux-mêmes militants de ce parti il y avait quand même et à huis clos des débats au sein du Comité central (instance parlementaire du parti) et du Bureau politique (cet Etat au sein de l’Etat). C’est ce qu’on appelait le centralisme démocratique, une notion chère aux partis communistes de type stalinien dont le FLN adopta les formes tout en excluant le fond. Durant toute cette période qui dura 23 ans il y avait pourtant un semblant de vie politique même si on savait que ce n’était que duperie mais on jouait le jeu. En fait la vie politique en cette époque ressemblait étonnamment à la vie théâtrale où les hommes politiques les plus en vue momentanément brillaient en jouant les rôles principaux au devant de la scène, suivis de personnages publics secondaires dont le rôle consistait à donner plus d’éclat à la prestation des «grands». Enfin et en toile de fond il y avait les figurants, le public c’était le peuple qui applaudissait ou feignait d’applaudir. Cette parodie de vie politique prit fin vers la fin des années quatre vingt non parce que le peuple l’a rejetée un certain octobre 1988, comme la propagande officielle voulait le faire croire mais parce que le pouvoir était totalement usé et n’arrivait plus à se recycler comme il le faisait avec facilité les décennies précédentes. Il fallait donc adopter une autre formule et justement cela tombait bien parce qu’en 1989 le mur de Berlin venait de tomber et que toutes ces démocraties populaires dont le régime avait inspiré le notre se sont effritées les unes après les autres. Le pouvoir prit alors la décision de faire tomber lui aussi le «mur du FLN» donnant ainsi la possibilité de s’ouvrir à la pluralité politique. Ce changement introduit dans la première constitution démocratique du pays donna naissance pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie indépendante à l’existence d’une vie politique qui s’exprimait au sein d’institutions élues, dans la presse et à un degré moindre car contrôlé à la télévision publique. Bien sur toute démocratie naissante avait des défauts et ceux–ci s’exprimaient dans les extrêmes en se radicalisant. C’est ce qui arriva au tout début des années 90 quand un parti voulut tuer la démocratie en utilisant les rouages démocratiques comme l’avait fait le parti nazi en 1933. Dans le cas de l’Algérie c’était le FIS parti d’essence théocratique radicale qui voulait «talibaniser» avant la lettre les Algériens. Pendant une dizaine d’années et bien que toute vie politique ne s’apprêtait pas car le pays vivait dans une période de violence extrême, il y eut quand même des élections, d’abord présidentielle suivie des législatives et enfin des locales. Une nouvelle constitution complétant celle de 1989 mais qui interdisait l’utilisation de la religion à des fins partisanes vit le jour et cela permit à l’Etat républicain non seulement de subsister en tant que tel mais de réduire totalement au néant l’idée même de son remplacement par une dictature religieuse. La suite on la connait, c’est un mélange d’une vie normale et stable retrouvée après une nuit noire mais également un foisonnement d’ambitions politiques déclarées au grand jour sous le signe du pluralisme politique. Pendant vingt ans le pays a vraiment vécu une vie politique intense mais qui a toujours été orchestrée par un pouvoir qui encensa pendant quinze ans les deux tiers du peuple et cinq ans suivants à peine le tiers et lorsque ce même pouvoir eut l’idée saugrenue de postuler cinq ans de plus il provoqua, comme il fallait s’y attendre le mécontentement. Il tomba alors comme un fruit mur d’un arbre qui n’en voulait plus. Aujourd’hui le peuple observe une nouvelle génération d’hommes politiques qui s’est exprimée à travers les urnes mais cette génération reste trop prudente au gré de ceux qui l’ont mise en exergue. Le peuple algérien est politisé à sa manière mais il l’est incontestablement. Alors qu’attendent ces partis politiques de mener une vie publique proche du citoyen. C’est le vœu le plus cher au président de la république qui l’a dit et redit à maintes reprises de voir un jour dans cette Algérie nouvelle en construction vivre une expérience démocratique inédite où la participation citoyenne s’exprime à travers une société civile fortement charpentée et un pouvoir législatif qui ne soit pas un espace d’enregistrement des décisions du pouvoir exécutif mais un lieu où s’exerce en toute liberté le débat contradictoire donnant ainsi à la vie politique de cette nouvelle Algérie cette saveur qu’elle n’ a jamais connue.
