Relève politique: La politisation de la société

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La décennie soixante dix  a été révélatrice de la transformation de la société algérienne. Une société emmitouflée  durant 13 ans par une pensée politique avant-gardiste qui donna naissance à trois mouvements qui se mirent à se disputer le leadership.  Deux d’entre eux se prévalaient du marxisme léninisme, l’un aligné sur celui de Moscou, l’autre sur celui de  Pékin. Le troisième mouvement qui tarda à se constituer était  quant à lui, farouchement conservateur.

 Le renversement du pouvoir benbelliste en juin 1965 par le colonel Boumediene  alors ministre de la défense et chef suprême de l’armée était motivé par une approche diamétralement différente de ce que devait être l’Algérie. Après trois ans  d’exercice très personnalisé du pouvoir par Ahmed Benbella, lequel, rappelons–le n’aurait jamais été élu premier président de la république sans l’accord du colonel Boumediene. Ce dernier  observait attentivement et patiemment  une par une les dérives de ce président qui pratiquait une politique populiste qui était en train de ruiner le pays en appliquant des modes de gestion économiques que les Algériens ne connaissaient aucunement. Ainsi tantôt on expérimentait le modèle autogestionnaire calqué sur la Yougoslavie de Tito, tantôt on s’essayait au modèle cubain de Fidel Castro. Un mélange des genres qui se répercutait dans l’enseignement supérieur, réduit à l’époque par la seule université d’Alger et  les deux annexes universitaires d’Oran et de Constantine. Les étudiants de l’époque peu nombreux étaient représentés par un syndicat l’UNEA  dont les dirigeants appartenaient tous à la gauche (proche de Moscou) et l’ultra gauche  (maoïste). Ces deux courants avaient la faveur de Benbella, ils se rendaient souvent à la présidence pour un oui ou pour un non et débattaient avec le président de la république de ce que devait être l’Algérie. Ce syndicat estudiantin a vite été rejoint par l’UGTA un syndicat révolutionnaire né en 1956  en pleine guerre d’Algérie.  Le sens de l’existence de ce syndicat n’était bien sur plus le même car il était question de défendre la politique de gauche et d’extrême gauche initiée par le président de la république et les syndicalistes nommés par le pouvoir devaient être tous des militants de ces deux tendances.  Imbu par une popularité fabriquée de toutes pièces par son entourage immédiat, ce premier président de la république pensa que le moment était venu de se débarrasser de tous les ministres de son gouvernement qui ne partageaient pas son point de vue, deux d’entre eux étaient particulièrement visés, le premier était Abdelaziz Bouteflika, ce très jeune ministre des affaires étrangères qui venait de remplacer Mohamed Khemisti  mort dans des circonstances qui n’ont pas  été jusqu’à ce  jour élucidées, le second fortement pressenti était le ministre de la défense lui-même. En fait Benbella voulait se débarrasser de l’armée dont il considérait qu’elle freinait ses ambitions personnelles. Il voulait remplacer la prépondérance de celle–ci sur le pouvoir civil que lui incarnait une milice politisée qui dépendait de lui et de son entourage immédiat. C’était la limite qu’il ne fallait en aucun cas franchir et le colonel Boumediene passa alors à l’action en informant préalablement tous les officiers supérieurs au rang de colonels qui dépendaient de lui de se tenir prêt pour en finir avec ce président qui ambitionnait de devenir un potentat comme il en existait à l’époque en Afrique, en Asie et en Amérique du sud. La parenthèse Benbella fermée, le nouveau pouvoir incarné par l’ex ministre de la défense s’institua en Conseil militaire dirigé par le colonel Boumediene. Cette instance ne pouvait durer éternellement car du point de vue de l’éthique politique elle était illégitime mais elle devait rester le temps qu’il faudra. L’innovation cependant c’était que cette instance appelée Conseil de la Révolution, n’était pas l’exécutif autrement dit le gouvernement. Celui–ci était à composante civile mais dirigé par le président du conseil de la révolution qui devient ainsi chef du gouvernement. Au cours des cinq premières années du nouveau pouvoir l’orientation politique qui devait diriger le pays devenait  plus claire. Tout le monde croyait au lendemain du renversement du pouvoir incarné par Benbella que la junte militaire qui prit sa place était de droite et qu’elle allait défendre les intérêts des nantis et détruire tous les acquis sociaux offerts par le régime benbelliste. Des observateurs  étrangers avaient même présenté le colonel Boumediene comme un Suharto de l’Algérie(Le général Suharto était celui qui renversa le président Soekarno en Indonésie). En fait toutes ces idées préconçues étaient fausses. En tout état de cause Boumediene lorsqu’il avait rejoint à partir du Caire où il résidait les maquis de l’ouest algérien en débarquant à Tanger avec une cargaison d’armes en provenance d’Egypte n’était pas un simple baroudeur ou un ancien soldat combattant de l’armée coloniale comme c’était le cas de Benbella, c’était avant tout un étudiant qui avait fait ses études secondaires au Lycée franco musulman de Constantine où il obtint son baccalauréat et qui rejoint plus tard le Caire pour s’inscrire à l’université El Azhar dont il interrompit les études pour se mettre à la disposition de la révolution algérienne dont la pépinière d’élites se trouvait en ce moment là dans la capitale égyptienne. Ce jeune colonel qui prit ensuite la tête de l’ALN en la réorganisant à partir de nouvelles recrues hors de la frontière est du pays avait des idées bien précises concernant le devenir de l’Algérie, une fois l’indépendance acquise; Issu d’un milieu pauvre il  connaissait la détresse de ses concitoyens d’origine paysanne qui constituaient les 80% de la population autochtone  vivant à l’époque coloniale. Pour lui seul un pouvoir politique égalitariste convenait au pays. Par égalitariste il entendait une redistribution de toutes les richesses que possède l’Algérie et pour lui de telles richesses ne devaient pas appartenir à des individus mais à l’Etat, incarnation de la souveraineté nationale. Pour Boumediene le patron qui employait les Algériens et leur procurait des revenus décents c’est l’Etat  et exclusivement lui. En  quelque sorte c’est une définition du socialisme sans la dictature du prolétariat. En réalité Boumediene incarnait la quintessence du capitalisme d’Etat.  (Suite de cette série d’articles demain)

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