Est–ce une question d’heures ou de jours pour une intervention programmée et décidée par la CEDEAO au Niger pour déloger la junte au pouvoir et rétablir l’autorité du président Mohamed Bazoum? En tous cas c’est ce que laissent croire les médias occidentaux pensant que cela pourrait se faire. Ils ont néanmoins oublié la réaction de ces militaires au pouvoir.
L’Algérie a promptement réagi au communiqué émis par la CEDEAO faisant état de son regret de voir les choses évoluer de cette façon. Une position partagée par un autre pays sahélien en dehors du Mali et du Burkina Faso, le Tchad. Bien mieux encore la position algérienne est rejointe par le département d’Etat américain. Antony Blinken l’a clairement fait savoir en déclarant que les Etats–Unis privilégient la négociation et le dialogue pour trouver une solution où le compromis ne serait pas tabou mais possible. Cette manière de voir n’est pas appréciée par la France, seul pays européen à soutenir avec vigueur la position de cette CEDEAO dont on sait que les pays qui la composent sauf un, le Nigéria, qui n’a pas les mêmes motivations que ses pairs. En réalité la France pousse les pays comme la Cote d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin à montrer leurs muscles et faire une démonstration de force qui donnerait à réfléchir les militaires de leurs pays qui seraient tentés de suivre l’exemple des pays comme la Centrafrique, le Burkina Faso, le Mali et le Niger. L’Elysée sait par exemple qu’au Sénégal il y a une grogne manifeste qui s’exprime continuellement contre le régime en place. Cette grogne est le fait d’une jeunesse qui a pris conscience de son identité culturelle et qui refuse d’être assimilée à une francophonie qui n’existe plus depuis des années. Beaucoup de jeunes sénégalais mais aussi des ivoiriens choisissent sciemment de s’exprimer en anglais et dans leurs langues africaines. Cette dépendance culturelle de la France est aujourd’hui fissurée. Dans le domaine économique il y a aussi des changements dans l’air surtout au Sénégal moins en Cote d’Ivoire qui reste encore une colonie française sans se l’avouer mais dont une partie de la population est en train de bouger pour remettre en cause un statu quo qui ne lui plait plus. Par contre au Sénégal il y a un regard franc et ouvert sur la Chine. A Dakar les dirigeants réfléchissent de plus en plus à l’exemple éthiopien, pays en pleine expansion qui vise l’émergence et qui avait choisi la Chine comme son partenaire privilégié. Pour les générations montantes africaines le maintien d’un partenariat privilégié avec la France n’apportera plus rien et qu’il faut désormais voir ailleurs et tourner définitivement la page du colonialisme et du néo colonialisme. C’est pour toutes ces raisons qu’une intervention militaire au Niger n’est pas bien vue par les peuples africains qui n’approuvent pas le choix de leurs dirigeants surtout si un tel choix est influencé par cette ex puissance coloniale qui a toujours dans l’esprit cette Afrique de papa qui a vécu mais qui n’existe plus .
