Le fastueux règne de Mohammed VI, qui vient de célébrer son soixantième anniversaire et commémorer le vingt-cinquième anniversaire de son accession au trône, est un sujet d’étude aussi tumultueux que déconcertant.
Depuis un quart de siècle, le Maroc s’enfonce dans une spirale de décadence politique, économique et géopolitique sous sa gouverne, tout en conservant jalousement certains vestiges archaïques de l’ère de son père, Hassan II.
Le culte de la personnalité royale persiste, avec le palais royal exerçant un contrôle omnipotent sur les rouages de l’État. Les principaux secteurs économiques, les relations extérieures, la défense et la sécurité restent sous l’emprise tenace du trône, laissant aux gouvernements successifs un rôle purement figuratif dans les processus décisionnels. Cette concentration du pouvoir, d’un côté, assure une stabilité en apparence, mais d’un autre côté, suscite des remous quant à l’état dérisoire de la démocratie et des droits humains.
L’ambivalence économique sous Mohammed VI est une série de contradictions saisissantes. Malgré les tentatives d’initiatives développementistes qui sonnent creux, telles que les mirages d’infrastructures, d’énergies renouvelables et d’industrie automobile, les disparités économiques et sociales s’accentuent dans un déséquilibre insoutenable. La croissance économique incertaine s’est avérée impuissante à réduire significativement le taux de pauvreté ou à combler le fossé entre régions urbaines et rurales. Les riches s’enrichissent pendant que la masse vulnérable lutte pour une lueur d’amélioration de leurs vies.
En parallèle, le règne de Mohammed VI est empreint d’une expansion insolente de la richesse personnelle du roi, de sa famille et de son entourage. Cette accumulation de richesses, greffée à des échos persistants de corruption et de népotisme, suscite un désarroi grandissant parmi le peuple, ébranlant l’éthique et la transparence supposées dans la redistribution des ressources nationales.
Sur la scène internationale, le Maroc a cherché à tisser des liens avec l’Union européenne et les États-Unis, tout en échangeant, de manière peu subtile, reconnaissance de l’État d’Israël contre soutien à l’annexion du Sahara occidental. Cette politique étrangère retorse met en évidence une réalité complexe: la jonglerie entre alliances stratégiques et intérêts régionaux peut mener à des choix pour le moins controversés.
L’ingérence récente du Maroc dans une possible intervention militaire au Niger rajoute une couche d’opacité à son rôle régional. Tandis que la Cédéao et la France envisagent une action pour rétablir le président nigérien renversé, le Maroc ouvre son espace aérien aux avions de guerre français. Une décision prise malgré les protestations de l’Algérie, mettant en lumière les divergences stratégiques entre les deux voisins quant à la politique régionale et à la sécurité.
Cette incursion militaire soulève des questions cruciales quant aux motivations du Maroc et aux répercussions à long terme sur la stabilité de la région du Sahel, déjà plongée dans l’abîme du terrorisme et de la criminalité transnationale. Tandis que l’Algérie sonne l’alarme quant aux dangers potentiels de cette intervention, la décision du Maroc reflète sa propre vision égocentrique de la région et de ses propres intérêts.
En conclusion, le règne de Mohammed VI au Maroc est un tourbillon de succès économiques plus qu’ambigus, une centralisation du pouvoir (qui est en réalité entre les mains de son conseiller Azoulay,) qui tire plus vers l’absolutisme et des intrigues géopolitiques qui prêtent à confusion. Alors que le pays dégringole, il se doit de naviguer avec une prudence calculée entre impératifs de développement domestique, agitations sociales et choix politiques régionaux pour le moins déconcertants. L’histoire en cours du Maroc est une fresque paradoxale de nuances et d’absurdités, de défis contre-nature et de décisions à l’emporte-pièce, toutes scellant le destin sombre du pays et sa position équivoque dans le panorama régional et international.
Par Aissani Mohamed Tahar
