Lors d’un entretien accordé par Catherine Colonna au journal « Le Monde » , la ministre française des affaires étrangères a reconnu qu’il y a une lenteur inexplicable dans l’avancement du dossier de la mémoire. Néanmoins la ministre lie le dossier épineux de la mémoire à d’autres pays comme le Bénin et le Rwanda. Or tout le monde sait que la question mémorielle algérienne est indiscutablement différente de celle de ces deux anciennes colonies françaises.
Catherine Colonna a-t-elle fait exprès de lier ce qui s’est passé en Algérie durant cent trente deux années avec une présence coloniale de type classique de deux territoires africains ( Le Bénin et le Rwanda )qui se distinguait plutôt par une administration et un encadrement militaire. Rien à voir avec l’Algérie, pays qui n’était plus considéré depuis l’avènement de la troisième république comme étant une colonie mais un territoire nord africain attaché à la France. L’arrivée massive de colons français mais aussi européens en provenance d’Espagne, d’Italie et même de l’ile de Malte n’avait pour objectif qu’une installation pérenne d’une population européenne sur une terre qui appartenait à ses habitants authentiques composés de berbères et d’arabes et que la France avait réduit à des aborigènes qui ne pouvaient être égaux de ces pionniers français et européens auxquels avaient été ajoutés des juifs autochtones auxquels on attribua la citoyenneté française faisant de cette catégorie de la population algérienne des français à part entière. En réalité ce qui s’était passé en Algérie du premier quart du 19 ème siècle jusqu’ à la fin de celui-ci c’est à quelque nuance près ce qui s’était passé en Amérique du nord lorsque les Anglais et les pionniers qui suivirent s’installèrent dans cette moitié de continent. Bien sur les Algériens n’ont pas connu le sort qui fut réservé aux Amérindiens dont 90% d’entre eux furent massacrés, mais sur le plan social ils connurent une régression abominable. 80 % des habitants de cette Algérie qui avaient vécu entre 1830 et 1930 vivaient dans une misère indescriptible. Les portraits représentants les Algériens de cette époque montraient des personnes aux visages émaciés qui se tenaient à peine debout et dont le regard hagard prouvait que leur état physique et mental était dans un état de détérioration total. C’est justement cela que les historiens des deux pays doivent dévoiler. La question mémorielle ne se réduit pas à la seule guerre d’Algérie, en somme connue par tous et dont, à la limite on peut comprendre ce qui a motivé les atrocités commises par l’armée française de 1954 à 1962 motivées tout le temps par la hargne et le refus de ne pas quitter une terre dont on leur avait martelé des dizaines d’années qu’elle faisait partie de la France. C’était néanmoins une guerre et on sait que dans toute guerre il se passe des choses abominables qu’on souhaiterait taire, comme la torture institutionnalisée , les exécutions sommaires contre des civils ou des prisonniers de l’ALN qui étaient tués d’une balle dans la tête et dont les corps étaient aussitôt brulés. Ces faits ignobles qui se sont déroulés durant des années par des soldats français du contingent sont connus par les généraux et officiers supérieurs de l’armée française mais ils ne seront jamais dévoilés aux historiens des deux pays. Ces derniers se contenteront donc d’informations distillées au compte –gouttes. Par contre la France a l’obligation et le devoir de dévoiler la nature même de la colonisation française en Algérie. Cela elle peut le faire et elle doit le faire. Une chose est sure cet amalgame fait par Catherine Colonna sur le dossier de la mémoire en liant le Benin et le Rwanda à l’Algérie doit être impérativement corrigé. Le deuxième round prévu pour la réunion des historiens français et Algériens est prévu à Alger. Le premier ayant eu lieu en Avril dernier à Paris. A Alger y aura t-il une avancée? D’autant que le voyage prévu du président Tebboune en France dont la date n’a pas encore été fixée sera axé en partie sur la question mémorielle.
