Jusqu’à une date récente, l’élevage de l’autruche était encore inconnu en Algérie ou presque. En dehors des villes de Tipaza et d’El Bayadh, ce métier était pratiquement inexistant. Encore qu’il s’agisse d’élevages familiaux, de peu d’envergure, aussi bien à Tipaza, où la famille Gazli, pionnière de l’élevage, entretient sa ferme, qu’à El Bayadh.
Or, aujourd’hui, l’élevage connait un certain développement grâce aux efforts de l’Etat, essentiellement, et à l’engagement d’une population de petits éleveurs, soucieuse de diversifier ses produits et investir un créneau en devenir. Certes, on ne peut pas, d’ores et déjà, crier victoire. Mais ce qui est en train de se faire ici et là n’est pas dénué de valeur malgré les difficultés qui parsèment le parcours de certains éleveurs. En effet,pour concrétiser leurs petites affaires, certains éleveurs d’autruches ont dû batailler et ils continuent de le faire. C’est le cas de Benhamou Nour El Islam, un petit éleveur d’autruches de la wilaya de Mila. En effet, cet élevage a été introduit dans cette wilaya de l’Est du pays grâce aux efforts personnels du jeune Nour El Islam, qui entretient, désormais, un élevage dans la commune de Chelghoum Laid. Il est considéré comme le pionnier de cette activité à Mila, comme l’est exactement Abdelkader Gazli, à Tipaza. Rencontré, tout récemment, Benhamou Nour El Islam nous a fait part deson aventure et des péripéties qu’il a dû affronter pour concrétiser son élevage. Il nous dira : « Ma venue au mondede l’élevage de l’autruche était comme par hasard. Le point de départ remonte à l’année 2009. Cette année-là, je me trouvais en Libye. Je suis tombé sur un éleveur qui proposait des autruchons à la vente. Alors, j’en ai acheté, je m’en souviens encore, 80 sujets, et je les ai ramenés chez moi, à Chelghoum Laid. Et c’est comme cela que tout a commencé. » Mais Nour El Islam n’avait encore, à cette époque-là, aucune expérience ni connaissance qui lui permettrait de sauver son cheptel et encore moins de monter et d’entretenir un élevage d’autruches. « C’était plutôt un coup de poker de ma part. Je n’avais absolument aucune connaissance en élevage de cette espèce. J’ai perdu alors plus de la moitié du cheptel ramené de Libye. Pas moins de 50 autruchons sont morts en quelques jours. Mais j’ai fait appel à l’aide des médecins vétérinaires et j’ai pu ainsi sauver la face, en maintenant en vie les trente têtes qui me restaient. » Petit à petit, Benhamou découvrit les clés de la réussite. « Par la suite, j’ai découvert et j’ai appris beaucoup de choses sur ces oiseaux : leur régime alimentaire, leurs maladies et les thérapies. Et j’ai réussi à multiplier les 30 sujets unités sauvés. » Notre interlocuteur affirme qu’à force de se documenter et des contacts qu’il entretient avec ses prédécesseurs et le monde de la médecine vétérinaire, il a fini par peaufiner ses techniques de travail et enrichir ses connaissances en la matière. « En matière de nourriture, j’ai appris que cet énorme oiseau est herbivore et qu’il adore particulièrement les graines, les céréales et les bourgeons. Mais j’ai découvert, à force de le fréquenter, désormais, qu’il consomme volontiers les oignons et les aliments propres aux poules pondeuses. » A force de soins, le petit élevage devient grand et son jeune propriétaire est devenu producteur. « Maintenant, la ferme a grandi et j’ai commencé à en exploiter les produits dans le commerce. Les autruches adultes, je les vends soit sur pied, soit pour la boucherie. Une autruche adulte peut peser jusqu’à deux quintaux. Vendue vivante, elle est cédée à 45 millions de centimes. En boucherie, sa viande est très appréciée par les connaisseurs; mais elle coûte chère. Le kilogramme est vendu entre 4000 et8000 dinars, suivant la disponibilité. J’ai des clients parmi les nantis, je m’en sors bien. Je vends également les autruchons pour les jeunes éleveurs, les œufs et la graisse aussi. Un oisillon de quinze jours d’âge, je le cède à 50 000 dinars. Et les œufs (l’œuf pèse deux kilos), me rapportent 8000 dinars l’unité. La graisse me rapporte aussi des recettes. Appelé communément Zahm Enaâm, la graisse de la bête est très riche en acides gras essentiels et elle est très recherchée pour ses vertus thérapeutiques : elle guérit beaucoup de maladies rhumatismales et dermiques. » Mais tout ne baigne pas dans l’huile. La petite affaire continue de connaitre des défis, notamment en matière de foncier. « C’est une activité qui demande beaucoup d’espace pour se développer. Or, moi, je n’ai pas une terre à moi. Je pratique mon métier en louant des terrains auprès de propriétaires terriens de TrigLadjebel, à Chelghoum Laid. Or, la location des terres revient très chère. Par exemple, j’exploite actuellement 100 hectares loués à raison de 50 mille dinars l’hectare, pour une durée de trois mois. C’est trop cher. Je dois débourser 500 millions de centimes tous les trois mois, rien qu’en location du sol. Et cela réduit énormément mes capacités de développement. Aussi, j’attends à ce que les autorités m’aident à obtenir une parcelle de terre à un prix raisonnable.»
