La ville possède un patrimoine musical riche, mêlant influences berbères et andalouses. Une partie de la culture bougiote est portée par un vieux dialecte citadin: l’arabe bougiote, d’origine médiévale. Le style de musique classique le çanâa est à l’origine indissociable de la culture religieuse de la ville. Les instruments traditionnellement utilisés sont le bendir, le tar, la mandoline et l’alto, complétés ultérieurement par le mandole et le banjo. La spécificité de la chanson andalouse et chaabi bougiote est clairement perceptible, notamment par une prédilection pour l’usage de la kouitra et un enracinement dans un registre assez classique. La musique est en effet traditionnellement le domaine des lettrés, des cadis et cheikh de confréries, dans lesquelles l’initiation à cet art se faisait le plus souvent. Le tout est enrichi du patrimoine des musiques locales, notamment kabyle berbérophone. Cette culture musicale et sa transmission seraient un héritage de la tradition savante médiévale de la ville et de l’afflux d’Andalous et de Morisques durant cette période. La ville est d’ailleurs un des centres (comme Alger, Constantine, Tlemcen…) de la musique andalouse en Algérie. Un illustre musicien de la ville: Cheikh Sadek El Béjaoui, remet ce style au goût du jour au xxe siècle, en entretenant un cercle musical puis en ouvrant une école qui formera divers musiciens reconnus dans des répertoires variés (traditionnels ou plus modernes). Un autre aspect de la musique bougiote est un courant plus populaire, mêlant le chaâbi et la musique kabyle. Le chant kabyle puise son inspiration dans l’identité berbère de la ville, sa tradition poétique, et dans l’afflux d’une population originaire de l’arrière-pays. L’identité musicale de la ville est ainsi imbriquée : les musiciens sont formés aux chants kabyles lors de leur apprentissage du style andalou à Béjaïa et les musiciens kabyles s’appuient sur les instruments de la musique andalouse. La ville connaît, notamment depuis les années 1970, une ouverture aux sonorités du monde, particulièrement occidentales, qui favorise un renouveau de la musique d’expression kabyle.
Dinar almohade local (xiie siècle) exposé au musée bordj Moussa.
La ville de Béjaïa possède le musée du Borj Moussa, aménagé dans un ancien fort espagnol du xvie siècle et où sont présentés des vestiges préhistoriques romains et de l’époque hafside. Le musée abrite également une collection d’oiseaux et d’insectes de toute l’Afrique ainsi que des tableaux de Maurice Boitel, prêtés par le musée d’Alger. Depuis 2010, la ville voisine de Toudja abrite un musée de l’eau consacré aux techniques d’acheminement de l’eau, notamment à l’époque romaine. Les environs comportent encore les ruines de l’aqueduc permettant d’acheminer l’eau depuis Toudja à la ville durant l’Antiquité. Le site contient des mosaïques, des thermes et des citernes d’époque romaine.

Bordj Moussa, fort du xvie siècle converti en musée.
Arts et festivités
Béjaïa accueille un festival international de théâtre, qui pour son édition 2016 a accueilli 17 pays. Outre les représentations en salle, il comporte divers ateliers populaires répartis de Béjaïa à Jijel. La maison de la culture de la ville organise divers événements culturels. C’est le cas des célébrations de Yennayer (12 janvier), le nouvel an berbère, à l’occasion duquel un programme varié est mis en place. En effet la musique, la poésie et l’artisanat berbères sont particulièrement mis en valeur, à côté de thématiques environnementales et architecturales. Des délégations de la Tunisie sont également présentes, ainsi qu’une «caravane berbère» qui fait son entrée dans la ville le 12 janvier et comprend des participants venus de toute l’Algérie: des Touaregs d’Illizi, des participants de Ghardaïa, de Bouira, Tizi-Ouzou. Les festivités se terminent par un jeu de baroud le jour suivant. Le milieu associatif local est aussi le vecteur de divers champs artistiques ou culturels, allant d’associations faisant la promotion de la peinture ou de la photographie aux groupes d’études universitaires sur les manuscrits scientifiques médiévaux de la ville.
Cinéma
L’association Project’heurts, née en 2001, est à l’origine de la création en 2002 d’un Ciné-club devenu aujourd’hui hebdomadaire, puis en 2003 des Rencontres Cinématographiques de Béjaïa (les RCB), festival annuel consacré au cinéma aussi bien maghrébin qu’international, longs et courts métrages, fictions et documentaires confondus, et qui se tient à la Cinémathèque de Béjaïa située sur la place Gueydon (place 1er novembre 1954). Le projet du festival: «réconcilier le public algérien avec le cinéma, sensibiliser au développement d’un esprit critique face à l’image (éducation à l’image), proposer des formations (écriture de scénario, réalisation, animation de ciné-clubs…) » En septembre 2019, sous la direction artistique de Laila Aoudj, le festival s’associe aux Journées du film européen et accueille des films italien et ukrainien en présence des ambassadeurs de ces deux pays, ainsi qu’une importante « Master Class » consacrée au cinéaste Jean-Marie Straub par l’essayiste et critique de cinéma Saad Chakali.
Médias
Comme toutes les villes d’Algérie, Béjaïa est desservie par le bouquet terrestre national ENTV, comprenant entre autres la Chaîne 4 en langue tamazight. La ville est le siège d’une station spécifique à sa région : Radio Béjaïa, chaine de radio publique, généraliste et en langue tamazight (kabyle).

Artisanat
Poterie traditionnelle kabyle.Marchand ambulant d’objets artisanaux aux environs de Béjaïa.
La ville de Béjaïa possède un artisanat qui est l’expression de la culture citadine de la ville, comportant des legs andalous, et des influences berbères qui se confondent avec celles de l’arrière-pays. La ville sert d’ailleurs de débouché à l’artisanat de Kabylie (poterie, vannerie, produits dérivés de l’agriculture locale…). Elle est par ailleurs dotée d’une Chambre de L’artisanat et des métiers qui gère ce secteur au niveau des wilayas de Béjaïa et Bouira. Historiquement, la ville donne son nom aux chandelles qu’elle fabrique à base de cire d’abeille, les bougies, alors que les bougies modernes sont souvent faites à partir de paraffine. Ce savoir-faire se perd au cours du temps, même si une poignée d’artisans et de familles le maintiennent. La bougie en cire d’abeille n’a jamais connu historiquement un usage populaire répandu. En effet, onéreuse, elle était le privilège des seigneurs ou de l’exportation et fut localement concurrencée par les lampes à huile en
