L’Europe n’arrive plus à se défaire de ses fantômes africains et de ses démons, rapatriés, semble-t-il, dans les bagages des colons aux indépendances. Les pragmatiques ont trouvé la clé dans le pardon ou l’excuse pour avancer. D’autres comme la France demeurent figés dans leur ancien complexe de supériorité. A perte.
Après la « mode » de la reconnaissance de l’esclavage et des excuses qui s’en sont suivies – devrait-on rendre hommage aux Etats-Unis qui avaient inauguré cette phase par la démolition des stèles dédiées aux esclavagistes – la reconnaissance et le pardon demandé par les Pays-Bas, au nom de l’Europe, pour ce crime commis par le continent colonialiste en Afrique n’avait pas réellement été du goût de certains membres de cette communauté qui a commis les plus atroces massacres sur le continent noir, dont les colonialistes comme la France ou encore l’Allemagne.
Ce dernier pays tentera cependant de se rattraper. L’Allemagne avait commencé bien avant à solder son passif nazi avec des excuses, la reconnaissance de ses crimes, « le pardon » demandé et l’indemnisation des victimes. En septembre 2019, le président allemand Frank-Walter Steinmeier avait présenté ses excuses aux victimes françaises et polonaises de l’agression de 1939, à partir de Wielun, où se déroulait une cérémonie commémorative.
L’exemple de l’Allemagne
Cette tendance inaugurée avec la reconnaissance du crime d’esclavage par la Hollande, reconnu plus tard par la France et l’Allemagne qui évoquèrent « des erreurs » faites en Afrique, va se poursuivre pour certains Etats et pas pour d’autres. Entre excuses, reconnaissance et demande de pardon, l’Europe coloniale est divisée.
L’Allemagne s’est excusée aussi pour le génocide des Hereros et des Namas en Namibie, son ancienne colonie et, la semaine dernière encore, pour les exactions commises par ses forces coloniales en Tanzanie.
Un exemple que ne suivra pas la France dans le cas du génocide rwandais, le président Emmanuel Macron se contente de s’excuser, au Rwanda, de la position de son pays dans ces crimes mais exclut toute complicité de la France. Les témoignages lors de l’enquête et du procès sur le génocide rwandais apportent la preuve de la passivité de la France devant la préparation et l’exécution des massacres.
L’Italie, loin de l’esprit colonialiste néo ou ancien, a mis en avant ses intérêts et leur préservation pour franchir le pas et présenter ses excuses à la Libye du défunt Kadhafi, assorties de réparations matérielles pour les victimes libyennes. Même stratégie adoptée par le Portugal vis-à-vis de son ancienne colonie, le Mozambique.
Le nouveau roi du Royaume-Uni, Charles III, trouve que rien ne justifiait les exactions commises au Kenya. « Il ne peut y avoir d’excuse aux abus coloniaux au Kenya », dit le souverain à Nairobi. Cette reconnaissance n’est cependant pas suivie de « pardon » quand bien même la colonisation anglaise serait moins génocidaire, contrairement à la colonisation de peuplement, de marque française.
Une question d’intérêts aussi
Les observateurs s’accordent à dire qu’en optant pour la reconnaissance de leurs crimes coloniaux, ces Etats européens s’inscrivent dans une stratégie de préservation de leurs intérêts sur le continent qui fait l’objet d’une convoitise et d’une concurrence acharnée en raison de ses richesses. Les politiques peuvent édulcorer cette stratégie avec un zest d’humanisme et de morale. Alors que les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde et la Turquie se battent pour décrocher des contrats et des concessions, à travers des partenariats équilibrés, le continent européen, malgré son passé dans le continent, demeure en queue de peloton. La France particulièrement qui se retrouve dans une posture délicate. En effet, la France reste encore hantée par son passé colonial ; de l’Indochine à l’Algérie, la puissance coloniale n’a pas digéré ses défaites.
PAR DJILALI B
