Filière des viandes rouges:La cour des comptes pointe les raisons de la crise

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La Cour des comptes a consacré, dans son rapport annuel 2023, tout un chapitre au programme de restructuration, de développement et de régulation de la filière viande. Le rapport en question fait ressortir les dysfonctionnements et les problématiques dans la mise en œuvre de ce programme.

En effet, les coûts des viandes rouges ont enregistré une inflation significative persistante depuis plusieurs mois. Cette hausse des prix a été attribuée par les responsables du secteur à une production insuffisante, résultant d’une surévaluation de la richesse animale au cours des dernières années. Toutefois, les conclusions de la Cour des comptes concernant l’évaluation du programme de restructuration, de développement et de régulation de la filière viandes rouges pour l’exercice  suggèrent que la problématique dans ce secteur va au-delà de ces explications initiales. Créé dans le but de promouvoir un développement intégré tant en amont qu’en aval de la filière des viandes rouges, ce programme, établi en 2010, rappelle la cour des comptes vise la restructuration du secteur public de cette filière. Il comprend la création d’une nouvelle entreprise, l’Algérienne des viandes rouges (Alviar), le renforcement financier de ses quatre filiales par un assainissement financier, ainsi que la mise en œuvre d’un plan d’investissement pour la réhabilitation et la modernisation d’infrastructures existantes, ainsi que la réalisation de trois complexes régionaux de viande rouge (CRVR).

Cependant, selon le rapport d’audit, bien que les volets liés à la restructuration de la filière aient été pratiquement achevés à la fin de 2022, les objectifs stratégiques qui lui sont assignés, à savoir le développement intégré de l’amont et de l’aval de la production des viandes rouges, la régulation du marché et le renforcement du contrôle sanitaire, n’ont pas été atteints.

Des autorisations d’importation qui ne profitent pas à Alviar

La Cour précise que, en l’absence de mise en œuvre d’un plan de développement de l’élevage, l’effectif du cheptel détenu par Alviar n’a pas dépassé 5 à 6% des prévisions convenues pour la période allant de 2010 à 2021. En ce qui concerne l’aval, la même institution ajoute que les prestations d’abattage réalisées depuis la mise en exploitation des nouvelles infrastructures, notamment les trois complexes régionaux de viande rouge (CRVR), ont enregistré un taux d’utilisation des capacités d’abattage inférieur à 2% sur la période de 2016 à 2021. De plus, il est souligné que «actuellement, le secteur public de la filière des viandes rouges, représenté par Alviar et ses démembrements, est marqué par des difficultés paralysantes et une faible performance, remettant en cause la viabilité économique de ce programme ». En détaillant la composition de la filière des viandes rouges (bovine, ovine, caprine et cameline), la même institution met en avant que, en 2021, cette filière a généré un chiffre d’affaires d’environ 700 milliards de dinars algériens (à un taux de 1300 DA/kg), soit près de 5 milliards de dollars, représentant plus de 17% du chiffre d’affaires du secteur agricole.

Quant à la production de cette filière, il est noté que « elle a atteint près de 537 000 tonnes (63% de viande ovine, 27% bovine, 7% caprine et 3% cameline), ce qui assure une disponibilité moyenne de 12,04 kg/habitant/an (pour 44 599 222 habitants), la moyenne internationale étant de 34 kg/habitant/an ». Dans ce contexte, le rapport identifie plusieurs facteurs contribuant à l’inefficacité dudit programme public de régulation de cette filière, parmi lesquels figurent « la faiblesse des capacités managériales », « la gestion administrative inappropriée des processus économiques » et le constat que « les autorisations d’importation des viandes rouges n’ont que rarement profité à Alviar depuis sa création en 2010 ».

De même, la Cour souligne un « faible exercice de l’autorité vétérinaire, illustré par l’abattage non contrôlé qui dépasse les 70% », entraînant, entre autres, « le non-paiement de la taxe d’abattage d’un montant de 10 DA par kilo de viande, ainsi que l’abattage de la femelle (antenaise, agnelle) dont le prix de vente sur le marché est bien inférieur à celui de l’antenais et de l’agneau ». Cet état de fait, est-il expliqué, « crée une distorsion du marché au désavantage d’Alviar qui peut aller jusqu’à une majoration, le cas échéant, de son offre financière de 10 à 20% ».

Dans cet ordre d’idées, la Cour des comptes observe que le marché de vente des bêtes sur pied est « très peu réglementé et encadré administrativement ». L’offre, note-t-elle, « provient essentiellement des éleveurs, des maquignons, des importateurs et d’une multitude d’intervenants saisonniers et/ou occasionnels (qui s’improvisent éleveurs ou revendeurs)… ».

Elle souligne également que « clients et fournisseurs agissent de manière dispersée sur un marché dépourvu de toute traçabilité et sans garantie de la qualité et de l’état de santé de l’animal ». Pour remédier à cette situation, la cour recommande notamment la mise en place « d’un plan de développement de la production fourragère associé à un plan de mobilisation des ressources hydriques en tant que mesures préliminaires pour une maîtrise de l’élevage bovin et ovin ». De plus, elle préconise l’instauration « d’un système d’information statistique fiable et le renforcement des mécanismes de contrôle de la perception de la taxe sanitaire sur les viandes (taxe d’abattage) ».

Ces recommandations s’ajoutent à celles formulées par le président-directeur général d’Alviar, qui figurent également dans le même rapport. Celui-ci propose, entre autres, de « conditionner l’octroi aux éleveurs de l’aliment subventionné à la conclusion de conventions commerciales avec Alviar » et suggère un « assainissement financier des fermes pilotes rattachées à l’entreprise ».

Par Kheireddine Boukhalfa

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