Les rares images qui circulent sur le sort des habitants de Ghaza montrent l’ampleur du drame éprouvés par eux. Malgré cet étau qui empêche l’information de circuler, des journalistes courageux d’El Jazzera arrivent à recueillir les impressions de ce peuple martyrisé et ces impressions sont peu élogieuses en ce qui concerne le monde arabe.
A l’exception de l’Algérie qui est, selon l’écrasante majorité des palestiniens vivant à Ghaza ou en Cisjordanie, le seul pays arabe qui parle constamment du problème palestinien est incontestablement l’Algérie, tous les autres pays de ce monde arabe, selon les propos recueillis, ne sont jamais allés aussi loin que de simples déclarations d’intention non suivies d’effet. A part l’Algérie, l’Iran et tous les pays des cinq continents qui ont toujours soutenu les palestiniens, une grande partie des régimes qui dirigent quelques cent quarante millions d’Arabes se désintéressent en réalité de cette question palestinienne. La preuve en a été fournie juste après la dernière guerre israélo-arabe qui avait opposé l’Egypte d’Anouar El Sadate au régime sioniste en 1973. Une année après cette fameuse guerre d’octobre le président égyptien s’était rendu à Jérusalem pour s’adresser au parlement sioniste et entama peu après les pourparlers de paix avec l’Etat sioniste pour récupérer le Sinai, en échange de la reconnaissance par l’Egypte de l’Etat d’Israël, jusque là une idée impensable. Certes cette reconnaissance de l’ennemi séculier de tous les Arabes par ce président égyptien lui valut d’être assassiné peu de temps après. Cependant celui qui lui succéda, en l’occurrence Hosni Moubarak ne remit jamais cette reconnaissance de l’Etat hébreu en question ni d’ailleurs celui qui dirige aujourd’hui l’Egypte. Faut –il rappeler que la Jordanie dirigée à l’époque par le roi Hussein avait emboité le pas à l’Egypte et noua comme ce pays des relations diplomatiques avec le régime sioniste. Dans l’intervalle de ces moments douloureux la question palestinienne n’était que partiellement abordée. Les accords dits d’Oslo qui furent signés par le président défunt Yasser Arafat et le premier ministre israélien Yitzhak Rabin n’ont duré que le temps nécessaire à leur extinction et l’annexion définitive de la Cisjordanie commença alors inexorablement avec l’installation de colonies juives au sein du territoire supposé de l’autorité palestinienne, dont le pouvoir gestionnaire et politique se réduisait comme une peau de chagrin. La seule partie du territoire palestinien non concernée par cette annexion rampante était l’enclave de Gaza, qui était gouvernée depuis 2007 par un mouvement politique qui n’a jamais reconnu l’existence d’Israël et ce mouvement, on l’aura deviné, a pour nom Hamas. Or Hamas est le filleul du parti «Les frères musulmans» fondé au cours des années trente par un certain Hassan El Banna. Après la révolution de 1952 qui mit fin à la monarchie égyptienne et la remplaça par un régime républicain dirigé par le colonel Nasser un progressiste proche des thèses marxistes qui considérait le mouvement des frères musulmans comme un ennemi intérieur qu’il fallait éliminer, d’où la pendaison de son dirigeant et l’emprisonnement des dizaines de milliers de ses sympathisants qui croupirent en prison jusqu’à ce réveil inattendu du peuple égyptien qui avait réussi à faire dégager le régime de Hosni Moubarak. Le remplacement de ce dernier par une élection démocratique, la première du genre en Egypte depuis l’effondrement de la monarchie, fut de courte durée car la puissante armée égyptienne qui dirigeait le pays depuis1952 ne voulait absolument pas d’un régime civil et de surcroit dirigé par son ennemi le plus avéré, en l’occurrence les frères musulmans. Ce parti retourna donc aux oubliettes et le président actuel ainsi que la hiérarchie militaire ne veulent plus entendre parler de la présence de ce mouvement en Egypte. Or le Hamas palestinien est un des fils naturels du parti de feu Hassan El Banna d’où le refus égyptien exprimé de la reconnaissance de ce mouvement palestinien et le détournement du regard de l’Egypte de ce qui se passe aujourd’hui à Rafah, ville palestinienne située à trois kilomètres de la frontière égyptienne qui depuis l’attaque du 7 octobre 2023 a poussé le gouvernement égyptien à construire un mur empêchant toute velléité d’entrée sur le sol égyptien de palestiniens voulant fuir cette ville. Ailleurs qu’en Egypte, autrement dit en Jordanie c’est pratiquement le même scénario qui s’applique. Quant à l’Arabie saoudite ainsi que les principautés arabes à l’exception du Qatar cette hégémonie du Hamas sur la résistance palestinienne, qui ne fait que se renforcer chaque jour, dérange leurs dirigeants au plus haut point, surtout que depuis que Hamas s’est engagé auprès du peuple palestinien qu’une fois la reconnaissance d’un Etat souverain établie, il abandonnerait toute idée d’hégémonisme politique sur le peuple palestinien et accepterait le jeu démocratique. Cette acceptation du modèle démocratique dérange au plus haut point les régimes arabes qui ne le sont pas, sachant bien que si cela finirait par se réaliser ce modèle palestinien appuyé par une intelligentsia reconnue pour ses capacités intellectuelles reconnues et avérées qu’il faut ajouter à cette importante diaspora disséminée à travers le monde qui a réussi à constituer des réseaux très importants à la cause palestinienne risquerait à terme à faire tomber ,un à un, les pouvoirs des princes et des rois dans ce monde arabe qui actuellement se contente d’encaisser les coups, mais jusqu’à quand ?
