Dans un retournement de situation digne des meilleurs feuilletons politiques, le président algérien, M. Abdelmadjid Tebboune, semble avoir ajouté une corde à son arc, ou plutôt une couronne à sa collection : celle de monarque de facto du Maroc. Comment, demandez-vous ? Simplement en devenant l’obsession non officielle de l’élite marocaine, un phénomène qui soulève à la fois des sourcils et des questions sur la nature de la politique régionale.
Sans doute, l’absence de rois en Algérie n’a jamais été aussi palpable qu’au Maroc, où l’élite politique, se sentant politiquement orpheline, a décidé de fixer son regard – et ses critiques – sur le voisin du palais présidentiel algérien. M. Tebboune, sans le vouloir, s’est retrouvé à gouverner dans les cœurs et les esprits de deux nations, réalisant peut-être un vieux rêve panarabe de l’unité – mais uniquement dans le domaine de la critique politique. Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que les leaders d’opinion et les têtes couronnées marocaines s’occupent de leurs affaires internes, il semble que la politique de Tebboune soit devenue le nouveau feuilleton à suivre. Chaque décision, chaque politique, chaque tweet est scruté, analysé, critiqué – parfois même avant que l’Algérie elle-même ait eu le temps de réagir. La situation atteint des sommets de comédie lorsque l’on se demande : les Marocains, en manque de leadership politique ou simplement en quête de divertissement, lanceront-ils un mouvement de protestation contre Tebboune ? Ou se contenteront-ils de la traditionnelle révolte des claviers sur les réseaux sociaux, formant ainsi un gouvernement en exil sur Twitter et Facebook ? Cette fascination transfrontalière pour la politique d’un autre pays soulève une question profonde : est-ce que l’herbe est vraiment plus verte chez le voisin, ou est-ce simplement que l’on oublie de l’arroser chez soi ? Dans cette saga politique, M. Tebboune se retrouve à jouer le rôle non désiré du monarque d’une nation qui n’est pas la sienne, tandis que le Maroc semble avoir temporairement abdiqué sa souveraineté politique au profit d’une obsession étrangère. En attendant, le spectacle continue, et l’on peut se demander si le prochain épisode verra le Maroc nominer officiellement Tebboune comme candidat à une élection royale imaginaire. Pour l’instant, tout ce que l’on sait, c’est que dans le grand théâtre de la politique nord-africaine, tous les coups de théâtre sont permis, surtout ceux qui nous font rire.
Par Mohamed Tahar Aissani
