Des informations commencent à circuler concernant une « manœuvre entre le Maroc et les Émirats arabes unis » liée aux efforts de la société émiratie «TAQA» pour acquérir la totalité des actions de la société espagnole «Naturgy».
Cette dernière est le principal acheteur de gaz naturel algérien, avec une participation de plus de 4% détenue par Sonatrach. Le but de cette acquisition serait de contourner les avertissements de l’Algérie à l’encontre de l’Espagne, permettant de fournir du gaz algérien au Maroc une fois le contrôle de la société espagnole obtenu. En effet, dans ce contexte, le site d’information espagnol «El Confidencial» a rapporté, citant des sources «liées au dossier», que le Palais de la Moncloa (le gouvernement espagnol) a été informé que l’opération était d’une importance capitale pour le Maroc, dans le cadre de sa recherche de sources d’approvisionnement en gaz algérien, quelles que soient les méthodes ou le coût, au cas où les alliés du Maroc, les Émirats arabes unis, réussiraient à prendre le contrôle de Naturgy. Comme on le sait, le Royaume chérifien a rencontré de grandes difficultés pour produire de l’électricité au milieu d’une pénurie d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié et de la montée des prix qui ont atteint des niveaux records, à la suite de la fermeture par l’Algérie du gazoduc «Pedro Faral Duran» qui traverse le territoire marocain en direction du sud de l’Espagne à l’automne 2021. Selon la même source, le gouvernement espagnol a affirmé qu’il ne faciliterait pas à la société d’Abu Dhabi l’acquisition de 100% de la société espagnole de gaz Naturgy, notant que le Palais de la Moncloa avait appris que la transaction serait bénéfique pour le Maroc, qui cherche des sources d’approvisionnement en gaz. Cela fait suite à l’interdiction par l’Algérie à l’Espagne de vendre son gaz au Maroc il y a quelques années. Ainsi, « El Confidencial » a indiqué qu’aucun accord n’a encore été signé entre les parties, mais a noté que la société émiratie «TAQA», contrôlée à 90% par Abu Dhabi Development Holding Company, reste en contact avec les principaux actionnaires de la société présidée par Francisco Reynes. Cependant, la décision finale revient au gouvernement espagnol. Un conflit à caractère économique n’est pas à exclure entre l’Algérie et les Émirats arabes unis si TAQA, qui est contrôlée à 90% par Abu Dhabi Development Holding Company, réussit à acquérir le géant espagnol « Naturgy », qui est un partenaire de Sonatrach dans l’achat de gaz algérien, et également dans le gazoduc Medgaz reliant les deux pays à travers la mer Méditerranée. La tentative d’acquisition de Naturgy par TAQA rencontre plusieurs obstacles, selon les médias espagnols locaux, le principal étant que le gouvernement espagnol a l’intention d’utiliser son droit de veto en utilisant la loi anti-acquisition. Naturgy est une entreprise stratégique, le principal fournisseur de gaz en Espagne, avec des accords internationaux importants, dont le plus grand avec Sonatrach. Elle détient également 49% des actions du gazoduc Medgaz, tandis que la compagnie nationale algérienne des hydrocarbures détient 51%.
Le Gouvernement Espagnol se dit « vigilant »
Par ailleurs, d’après l’agence de presse espagnole EFE, le gouvernement espagnol suit de près l’initiative de l’entreprise émiratie Taqa. Selon l’agence, « les ministres de l’économie du PSOE se montrent attentifs afin de protéger les intérêts stratégiques de l’Espagne. Parallèlement, la coalition politique espagnole Sumar a demandé à l’État d’empêcher cette offre publique d’achat (OPA) en investissant des fonds publics dans Naturgy via la Société de participation de l’État industriel (SEPI) ». Dans ce sillage, la même source indique que La deuxième vice-présidente et ministre espagnole du Travail, Yolanda Díaz, a adressé une lettre à plusieurs membres de l’Exécutif, y compris au président Pedro Sánchez, dans laquelle elle demande de «bloquer» la potentielle offre publique d’achat de Taqa, en raison du rôle clé de Naturgy dans le secteur stratégique de l’énergie. La coalition Sumar souhaite, selon son porte-parole au Congrès, Íñigo Errejón, que le gouvernement « exerce son veto» contre une opération qu’il considère comme une « menace pour les intérêts stratégiques du pays, pour sa souveraineté et pour la sécurité nationale ». La troisième vice-présidente et ministre de la Transition écologique, Teresa Ribera, a souligné ces derniers jours, selon EFE, qu’il est « trop tôt » pour déterminer si l’État devrait entrer dans le capital de Naturgy. De son côté, la première vice-présidente, María Jesús Montero, a déclaré que l’Exécutif travaille « avec discrétion et calme » pour protéger les intérêts nationaux. EFE ajoute que « l’offre publique d’achat sur l’entreprise énergétique espagnole, qui pourrait dépasser 20 milliards d’euros, serait la plus importante en Espagne depuis celle initiée par Enel et Acciona sur Endesa il y a près de 20 ans ».
Par Kheireddine Boukhalfa
