Le 3 mai est consacré depuis 1991 et par l’ONU journée mondiale de la liberté de la presse. C’est devenu un anniversaire important pour ce concept si noble mais qui trouve au quotidien des difficultés entrainant souvent la mort pour ceux qui font des investigations qui dérangent. Chez nous en Algérie on a connu des hauts et des bas. Il y a eu des périodes fastes pour la presse écrite et audio-visuelle et d’autres franchement pénibles. Actuellement on s’achemine vers un certain équilibre.
L’Algérie a payé un lourd tribut pendant la décennie noire où des plumes célèbres par leurs écrits à l’instar de Tahar Djahout ou de Saïd Mekbel mais aussi d’autres journalistes de la presse écrite et de la télé. Ces femmes et ces hommes assassinés lâchement par l‘intégrisme religieux sanguinaire et barbare. Juste avant cette période tragique vécue par l’Algérie, en fait à peine une année, le pays avait été remodelé par une constitution démocratique, la meilleure qu’on ait jamais eue, après une période dominée par la pensée unique et une liberté d’expression muselée où la presse notamment écrite était réduite au silence se mit à découvrir le sens réel de la liberté d’expression et notamment celle d’écrits qui se donnèrent à cœur joie, se libérant ainsi de cette pression politique qui les étouffaient. C’était en 1989. Le pluralisme politique longtemps dénié naquit dans la joie mais aussi dans la douleur car un avenir incertain se profilait déjà à l’horizon. La jeune démocratie encore balbutiante était menacée par un courant de pensée des plus radicaux, manipulé par des pays du proche–orient qui craignaient que l’expérience algérienne ne fasse tache d’huile dans l’espace arabo musulman et que celle–ci finisse par les atteindre, tôt ou tard. Pourtant le FIS dont l’influence grandissait de jour en jour, à tel point qu’il avait conquis électoralement les élections locales (APC et APW) grâce justement à ce climat de liberté totale qui régnait dans le pays au cours de cette année 1989 où une presse libre et sans entraves avait permis l’essor de ce parti pourtant liberticide dans ses statuts fondateurs par le fait qu’il déclarait solennellement que la démocratie était «kofr». Lorsque les patriotes de ce pays et à leur tête l’ANP garante de la constitution prirent la décision de déclarer hors la loi le FIS, ce dernier qui passa dans la clandestinité en prenant l’option de terroriser tous ceux qu’il estimait être contre lui, à commencer par les journalistes, les intellectuels, mais aussi des fonctionnaires de police, des gendarmes et des soldats de notre glorieuse armée. Après ces dix ans tragiques on voulut tourner la page et regagner la confiance du peuple mais cela se faisait dans une totale opacité et cette liberté de la presse et des médias restaurée a été fourvoyée par l’octroi d’agréments sans prendre la peine de vérifier si leurs tenants sont du métier ou pas. En fait très peu d’entre eux ont des liens profonds avec le journalisme et le métier de l’information. La plupart étaient des oligarques, ces gens puissants qui entouraient une présidence de la république qui dura vingt ans et qui bénéficiaient de toutes les largesses possibles et Inimaginables et parmi elles la possibilité de posséder des journaux et des chaines télé. Il y avait aussi dans cet octroi sans retenue d’agréments pour publier un journal ou une chaine télé des gens qui ont fait fortune dans divers domaines et on compte parmi eux des commerçants et même un ferrailleur comme c’est le cas d’un quotidien paraissant dans une grande ville de l’est algérien. Après le tsunami du Hirak le nouveau régime politique élu démocratiquement essaie de mettre fin à la confusion qui règne dans le système de l’information en instaurant la transparence et la rigueur dans la profession. Il se trouve néanmoins qu’avec les réseaux sociaux et leur influence sur une grande partie de la population composée de 70% de jeunes de moins de trente ans lire un journal ou voir le JT de 30 heures de la télé n’est plus de mode. Parler aujourd’hui de liberté de la presse à des personnes qui n’en font pas une priorité relève de l’illusion.
