L’Algérie est le principal fournisseur de gaz naturel à l’Espagne via le gazoduc Medgaz dont Sonatrach est majoritaire à 51% des actions après le rachat de toutes les actions de l’actionnaire espagnol CEPSA. Ce qui donne la possibilité au groupe public algérien de se retirer de la compétition, obligeant l’Etat espagnol à réagir, faute de quoi l’Espagne risque une rupture des approvisionnements en gaz algérien.
Pour rappel une entreprise de statut émiratie siégeant à Abu Dhabi a lancé dernièrement une OPA (offre publique d’achat) pour l’acquisition de Naturgy une entreprise espagnole spécialisée dans la fourniture de gaz de l’Espagne. Cette entreprise est liée, jusqu’en 2032 par un contrat conclu avec Sonatrach pour la livraison du gaz naturel à l’Espagne via un gazoduc, en fait il s’agit de deux. Le premier ayant cessé de fonctionner suite à la rupture de toutes relations avec le Maroc qui profitait d’une part de cet approvisionnement en gaz qui passait par son territoire et se payait même le luxe de faire payer à l’Algérie et à l’Espagne d’une taxe qualifiée de droit de passage. L’Algérie ayant prévu depuis longtemps un scénario de rupture avec Rabat a poussé Sonatrach de conclure avec des entreprises espagnoles un contrat d’approvisionnement en gaz passant par un second gazoduc, baptisé Medgaz. Sonatrach détient aujourd’hui 51% des actions de cette association multiple puisque l’entreprise CEPSA qui détenait plus de 27% des actions céda récemment celles-ci au groupe public algérien qui a aujourd’hui son pouvoir de décision. Naturgy se trouverait donc en difficulté si Sonatrach décide ( ce qui est très probable) de revoir les conditions du contrat avec une révision des prix qui évidemment seraient revus à la hausse. Ce qui mettrait Naturgy dans une position de perte l’amenant à voir ailleurs sa fourniture en gaz. Ailleurs c’est bien sur aux émirats puisque le propriétaire est émirati, ce qui finalement est tout à fait normal pour cette entreprise du golfe mais très contraignant pour l’Espagne. C’est ce message sans détour que vient de transmettre l’Algérie à l’Espagne qui sans le lui dire ouvertement pour que cela n’apparaisse pas comme une menace l’avertit des conséquences que ce renversement de la situation implique. Ce message signifie même s’il ne le dit pas ouvertement « Agissez en tant qu’Etat souverain en remettant à flot Naturgy afin que cette entreprise échappe à cette OPA lancée par cette entreprise émiratie ». Jusqu’ à l’heure actuelle il n’y a pas de réponse de Madrid qui joue la montre mais jusqu’à quand ? Il faudra bien que le gouvernement espagnol dirigé par Pedro Sanchez fasse un choix : Choisira-t-il l’aventure émiratie dont le Maroc en profitera grâce au renversement de la situation en faveur de cette entreprise émiratie solidaire avec le Makhzen mais en se fâchant une seconde fois avec l’Algérie, partenaire plus important que ces Emirats si éloignés et qui finiront fatalement et par souci financier à faire payer à l’Espagne un prix du gaz beaucoup plus cher que celui cédé aujourd’hui par l’Algérie. Par ailleurs tout cet optimisme retrouvé par les entreprises espagnoles qui avaient ces derniers temps renoué le contact avec leurs homologues algériennes risque, du jour au lendemain, de voler en éclats. En un mot l’entreprise émiratie avec son OPA a introduit un grain de sable qui risque gravement de gripper les relations économiques entre l’Algérie et l’Espagne et cette fois –ci ce sera pour une longue durée. En définitive le perdant ce n’est pas l’Algérie mais l’Espagne. En clair l’hésitation et tout atermoiement n’ont plus aucune mise.
