Le mensonge comme stratégie de règne :Cas de la monarchie marocaine

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Dans les annales des monarchies à travers le monde, la légitimité royale repose souvent sur des récits transmis à travers les générations, soigneusement tissés dans le tissu de l’histoire nationale. Cependant, le Royaume du Maroc offre un exemple contemporain fascinant où la vérité historique et la légende se confrontent, révélant la complexité des stratégies de pouvoir dans la gestion de l’identité royale et nationale.

En 2016, une affaire peu commune éclata au grand jour, impliquant directement l’entourage du roi Mohammed VI. Un jeune Saoudien, Wabil Nabil Eid, fut au cœur d’une controverse juridique pour avoir prétendu appartenir simultanément à deux familles chérifiennes distinguées. Cette situation soulève une question fondamentale : pourquoi est-il si crucial de contrôler les récits autour de la descendance royale ? La réponse réside peut-être dans la perception du « mensonge comme stratégie pour régner ». Historiquement, l’autorité chérifienne au Maroc s’est en partie appuyée sur l’affirmation d’une lignée directe avec le Prophète Muhammad, une revendication qui confère non seulement un prestige spirituel mais aussi une légitimité politique indéniable. Le Baromètre Arabe révèle que cette perception de descendance sacrée est profondément ancrée dans la société marocaine, où elle est devenue une « constante religieuse ». Cependant, des enquêtes et des analyses généalogiques soulèvent des doutes significatifs sur l’authenticité de ces lignées. Des cas de falsification documentée des généalogies, allant jusqu’à inclure des figures historiques comme Muhammad Nafs al-Zakiyya, mettent en lumière les manipulations potentielles des récits historiques. Ces manipulations semblent servir un double objectif : renforcer le contrôle du pouvoir royal tout en minimisant les contestations internes. L’affaire de Wabil Nabil Eid illustre également la rigueur avec laquelle le régime marocain défend sa légitimité. L’obligation d’obtenir une certification de descendance chérifienne par le préposé des chérifiens, une position désignée par un dahir royal, montre comment la vérification de l’authenticité chérifienne est institutionnalisée, transformant un potentiel mensonge historique en un outil de gouvernance. La question de la discrimination et du racisme s’entrelace également avec ces enjeux de légitimité. L’idée que certaines origines sont plus « nobles » que d’autres perpétue une forme de stratification sociale qui, selon le Baromètre Arabe, est ressentie comme un racisme institutionnalisé par une large portion de la population marocaine. En conclusion, l’examen du cas marocain offre un aperçu éclairant sur la manière dont les mensonges, ou du moins les narrations contrôlées, peuvent jouer un rôle crucial dans la survie et le renforcement d’un régime. Cette stratégie de pouvoir, bien que potentiellement efficace à court terme, pose des questions éthiques et morales importantes, invitant à une réflexion sur l’authenticité et l’intégrité dans la gestion des traditions et de l’histoire par les institutions étatiques.

 

Par Mohamed Tahar Aissani

 

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