Ali Aoun, ministre de l’industrie et de la production pharmaceutique dont on entend parler beaucoup ces derniers temps a déclaré jeudi dernier au sortir d’une réunion avec une délégation économique de l’union européenne que les investissements européens en Algérie sont focalisés sur les hydrocarbures, comme si l’Algérie n’avait que ce produit à valoriser et à commercialiser. Le ministre entend par là qu’il faut que cet état d’esprit change.
Au cours de ces trois dernières années, l’Algérie, premier partenaire commercial de l’UE a acheté plus de 46 milliards de dollars de produits européens. Certes le volume des achats effectués auprès de l’UE est plus important, donnant ainsi à l’Algérie un avantage financier qui lui a procuré un excédent non négligeable au niveau de sa balance commerciale. Un excédent certes mais uniquement rendu possible grâce aux exportations du gaz, du pétrole et des dérivés pétrochimiques extraits des hydrocarbures. Or l’Algérie qui a diversifié sa production nationale en vue de la rendre la moins dépendante possible de la rente gazière et pétrolière entend commercialiser d’autres produits. Certes les hydrocarbures continueront et pour longtemps à contribuer à l’excédent financier de sa balance commerciale mais l’objectif affiché est d’augmenter substantiellement la part d’autres produits dans le calcul de cet excédent. D’où cette nouvelle approche économique introduite par le gouvernement algérien depuis ces deux dernières années. Une approche qui privilégie des secteurs longtemps négligés que sont l’agriculture, l’extraction minière et la transformation des minerais en produits valorisants comme par exemple l’acier que l’Algérie ambitionne de devenir un vendeur important. C’est une telle approche qu’Ali Aoun a expliqué en fournissant des arguments inattaquables à ses interlocuteurs économiques européens venus en Algérie pour relancer le partenariat UE-Algérie. L’autre facette de cette rencontre que notre ministre a dévoilé à cette délégation c’est la croissance économique affichée par l’Algérie, authentifiée au demeurant par le FMI et la Banque mondiale, une croissance qui frôle les 4% qui doit faire rêver la plupart des pays européens faisant partie de l’UE. Il y a aussi ce bond prodigieux du PIB algérien qui affichera au cours de l’année prochaine les 400 milliards de dollars et certainement plus si les prix des hydrocarbures grimperont à nouveau. S’il faut ajouter le très faible endettement extérieur du pays et les notations positives d’agences américaines expertes en évaluation des états économiques de chaque pays il y a là tous les ingrédients d’un climat excellent favorable aux affaires et à la conclusion d’un partenariat poussé avec l’UE, un partenariat néanmoins qu’il faut revoir dans sa forme et en son fond. Certes a expliqué M. Aoun à ses interlocuteurs européens, certains pays de l’UE, comme la France, aimeraient bien que les importations algériennes reprennent et qu’elles atteignent le niveau d’il y a cinq ans. Ce n’est plus possible souligne le ministre car la nouvelle approche économique algérienne privilégie le développement de toutes les productions locales or celles–ci si elles sont concurrencées par les produits importés ne connaitront jamais l’essor attendu d’elles par l’Etat qui les encourage fortement à quantifier leurs produits pour satisfaire les besoins de consommation exprimées par la population mais également qualifier ces produits dans l’optique de les exporter. Cela demandera certes du temps mais cela vaut le coup et pour y arriver il faut impérativement réduire les importations jugés non essentielles or il y en a beaucoup. Certes cela déplait énormément à ces entreprises exportatrices de tels produits qui ont gonflé démesurément pendant une vingtaine d’années leurs chiffres d’affaires tout en leur permettant de réaliser des bénéfices faramineux. Ce temps est bel et bien fini a expliqué le ministre de l’industrie à la délégation européenne. En tout état de cause si l’UE n’a pas compris ce que désirent les Algériens, ces derniers se passeront d’un partenariat qui privilégie exclusivement des intérêts à sens unique.
