Benjamin Stora a fait le voyage à Alger pour participer aux cotés de la délégation française d’historiens aux travaux de la commission mixte traitant la question mémorielle. Une autre figure de la politique française appréciée par les Algériens, Dominique de Villepin se trouvait, quant à lui, lundi dernier, dans la capitale algérienne où il donna une conférence de presse dans laquelle il livra son point de vue sur la question mémorielle.
En ce qui concerne le travail de mémoire les délégations françaises et algériennes ont redoublé d’efforts pour avancer dans la recherche de la vérité sur tous les aspects de la colonisation française qui dura, rappelons–le 132 ans. Pour Benjamin Stora l’historien à qui le président français Emmanuel Macron a confié la tache de se consacrer à ce travail de la restitution des faits qui ont marqué cette colonisation française de l’Algérie laquelle ne ressemble aucunement aux autres de ce qu’il convient d’appeler l’empire français puisqu’il s’agissait d’une colonisation de peuplement à l’image de ce que les Britanniques avaient fait en Nouvelle Galle du sud , aujourd’hui l’Australie mais aussi au Canada. Seulement dans ces deux pays les populations locales, amérindiennes pour le Canada et aborigènes pour l’Australie n’étaient pas nombreuses face aux colons qui arrivaient par milliers dans ces deux pays devenant ainsi majoritaires en population en l’espace de quelques mois seulement pour le Canada et quelques années pour l’Australie. En ce qui concerne l’Algérie la population autochtone composée d’arabes, de kabyles, de chaouis et de mozabites était nettement plus nombreuse malgré les tentatives coloniales de réduire cette population par des transferts massifs notamment en Nouvelle Calédonie mais surtout par le déplacement de tribus entières de leur habitacle naturel vers des zones stériles et péniblement vivables. Les meilleures terres furent attribuées aux colons français et le littoral s’étendant sur 1200 kilomètres devint au bout de cinquante années après l’invasion française de l’Algérie le pays où vivront jusqu’en 1962 presque 1 million d’européens naturalisés d’office français. En face d’eux se trouvaient 9 millions d’Algériens toujours vivants malgré la dureté de la vie et la répression systématique de l’ordre colonial envers tout ce qui osait dire non à cette colonisation. Entre 1947 et 1962 le chiffre de 2 millions d’Algériens de souche morts de famine, de maladies ou simplement exécutés n’est aucunement exagéré même si les français le contestent, comme ils le font toujours d’ailleurs quand il est question pour eux de ne pas défigurer la bonne image qu’ils croient avoir à l’étranger, celle d’un pays qui protège les droits de l’homme. Indépendamment de cette histoire de chiffres qui ont certes de l’importance pour mesurer l’impact et l’ampleur de cette colonisation il y a cette incompréhension qui se fait jour depuis un certain temps, celle de savoir pourquoi avoir envahi un pays déjà peuplé et ayant une histoire qui remonte à la plus haute antiquité, voire même à la préhistoire pour vouloir annihiler son identité et la remplacer par celle d’une minorité étrangère. Cette question est primordiale selon Benjamin Stora invité de la radio algérienne car elle permet de comprendre l’origine de cette colonisation de l’Algérie qui n’est pas à sa première colonisation dans le temps de l’histoire : Romaine, Byzantine, arabe et enfin ottomane. Toutes ont cédé face à la résilience d’un peuple connu pour sa fierté et son refus de domination étrangère. Un travail de synthèse sans complaisance est attendu des deux rives de la Méditerranée et c’est surtout de la rive nord que l’effort de vérité historique est attendu.
