Louisa Hanoune mais aussi Zoubida Assoul viennent de déclarer leurs candidatures au scrutin du 7 septembre prochain. Dans un pays arabe et musulman le fait est rarissime. En fait il est inédit car la mentalité conservatrice dans le monde arabo musulman est encore vivace. Il est évident que l’Algérie tranche dans cette appartenance à une croyance qui fait de l’homme un dominant naturel face à la femme qui n’a d’autre choix que celui de la soumission.
Il y a d’abord cette combattitivité absolument extraordinaire dont a toujours fait preuve la femme algérienne et cela remonte à El Kahina, puis à Fatma N’soumer et puis à toutes les militantes de la révolution algérienne que furent Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouhired et Djamila Boupacha, Zohra Drif ou toutes ces femmes martyres tuées sous la torture ou simplement exécutées dont les noms baptisent aujourd’hui d’innombrables rues de nos villes. « Lever le poing, bomber le torse» comme le chante si bien Amel Bent dans sa célèbre chanson «Ma philosophie» a toujours été la devise de la femme algérienne aux trois quarts amazighe appartenant à un peuple fier qui a toujours refusé la domination. Il est donc naturel que la femme dans ce pays qui n’a cessé de lutter contre le projet d’infantilisation que la frange conservatrice du FLN et les islamistes dans leur ensemble avaient essayé vainement d’imposer fasse elle aussi partie intégrante de la construction de son pays. Un pays auquel il n’est pas fait mention dans toutes les constitutions promulguées, transformées et amendées de discrimination entre la femme et l’homme dans le monde du travail ou dans la politique. Dans ces deux mondes l’égalité est complète ce qui n’est pas du tout le cas dans la quasi-totalité du monde arabo musulman à l’exception de l’Indonésie dont la femme est présidente et dans le passé au Pakistan avec Benazir Bhutto qui était Premier ministre mais qui fut assassinée par le fanatisme religieux qui submergea le pays depuis et dont les femmes de ce pays ont font douloureusement les frais. Quant au monde arabe, parlons–en justement ! Aucun pays faisant partie de ce monde n’est encore parvenu à présenter de candidate femme à la chefferie de l’Etat. Même la Tunisie que l’occident cite comme modèle de l’expansion du féminisme n’a pu franchir un tel cap. Certes il y a eu et pour la première fois cette première ministre femme mais on n’est pas allé plus loin que cette fonction fusible. Que Louisa Hanoune se présente comme candidate à la présidence de la république algérienne cela ne choque personne. Au contraire les Algériens ont toujours reconnu à cette passionaria de la politique algérienne cet esprit indépendant et cette liberté de ton qui la démarque nettement de ces leaders masculins qui tournent leur langue sept fois avant qu’ils ne prononcent un mot. Cette femme courageuse a toujours milité et milite toujours contre toute forme d’oppression qu’elle soit économique, politique ou culturelle. Son passage en prison ne l’a pas fait fléchir d’un iota et cette femme politique est restée fidèle à son image, celle d’une algérienne qui a une vision politique qu’elle veut partager avec ses compatriotes des deux sexes. Zoubida Assoul, elle-même cheffe d’un parti se voulant libéral et social est également une combattante appartenant à cette classe moyenne qui refuse toute idée de paternalisme patriotique réservé exclusivement aux hommes. Son combat pour la libre entreprise l’a rendue célèbre dans les milieux d’affaires mais certainement pas chez les anciens oligarques qui voient en elle un danger potentiel envers les activités opaques dont ils tirent encore les ficelles. Les islamistes partis et courants s’y approchants à l’exemple du parti El Bina dirigé par Bengrina la détestent et Zoubida Assoul leur rend à cet égard une politesse virulente. Que ces deux femmes à l’appartenance idéologique différente aient décidé de se présenter à cette élection du 7 septembre voila qui est sain et nouveau. C’est aussi cela la nouvelle Algérie.
