Entre le Tell, le Sahara et la Steppe :Une nouvelle agriculture se dessine

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L’Algérie, vaste pays aux contrastes géographiques marqués, se trouve à un tournant crucial de son histoire agricole. Entre le Tell fertile, le Sahara aride et la Steppe semi-aride, se dessine une nouvelle approche de l’agriculture. Cet article explore les origines, les défis actuels et les perspectives d’avenir de ce secteur vital.

L’intelligence agricole en Algérie ne date pas d’hier. Depuis 3 000 ans, les foggaras, ces ingénieux systèmes d’irrigation, témoignent du génie de nos ancêtres. Présents dans les oasis du Sud Oranais, ils démontrent que la mise en valeur des terres sahariennes n’est ni un miracle ni une prouesse de l’intelligence artificielle. C’est plutôt un prolongement naturel du savoir-faire ancestral, méritant reconnaissance et amélioration.Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’Algérie importe annuellement pour 2 milliards de dollars de céréales pour satisfaire une demande de 110 millions de quintaux. En 2024, les prévisions de production nationale oscillent entre 30 et 50 millions de quintaux. Avec des rendements moyens de 15 à 20 quintaux par hectare, il devient impératif de doubler soit la superficie cultivée, soit les rendements pour atteindre les objectifs fixés par le président, soit 40 quintaux par hectare.

Les Nappes Phréatiques du Sahara

Deux principales nappes phréatiques alimentent les terres sahariennes : la nappe superficielle, souvent salée et peu utile, et la nappe albienne, immense réservoir sous-terrain s’étendant sur plus d’un million de km². L’exploitation intensive de ces ressources a soulevé des préoccupations quant à la salinisation des sols et la gestion durable de l’eau. L’agriculture intensive dans le Sahara, initiée avec le projet Gassi Touil en 1980, a montré des limites. La forte évaporation et l’accumulation des sels stérilisent les sols en moins de dix ans. Pour Madani Benadjila, la solution réside dans une agriculture oasienne évoluée, intégrant les connaissances actuelles et respectant l’écosystème. Les steppes algériennes, s’étendant sur 20 millions d’hectares, offrent une alternative prometteuse. Situées entre l’Atlas Tellien et l’Atlas Saharien, ces terres semi-arides nécessitent une gestion judicieuse de l’eau et des cultures adaptées aux conditions climatiques. Pour cela il suffit de : Réduire la dépendance aux importations en favorisant la production locale, inclure l’irrigation d’appoint pour stabiliser les rendements face aux fluctuations climatiques,  recourir à l’irrigation localisée pour réduire les pertes et limiter la salinisation des sols, instituer des rotations triennales pour améliorer la fertilité des sols et diversifier les cultures, développer les hautes plaines steppiques en transférant les eaux souterraines du Sahara, utiliser les eaux domestiques traitées pour l’irrigation et envisager leur recyclage partiel en eau potable, structurer le marché pour optimiser le transport des produits agricoles et réduire les coûts. L’Algérie est à la croisée des chemins. En puisant dans son riche héritage et en adoptant des pratiques agricoles durables et innovantes, le pays peut relever les défis alimentaires et environnementaux qui se dressent devant lui. Il est temps de changer de paradigme et de redonner vie à une agriculture respectueuse de l’environnement et adaptée aux réalités locales.

Par Mohamed Tahar Aissani

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