L’activité de la pêche continentale à Mila traverse une période difficile. Après des années de prospérité, la profession est en déclin actuellement. Elle n’emploie plus que 3 petites entreprises, en lieu et place des 14 entités économiques qui étaient en activité jusqu’en 2012.
Et la masse de poissons d’eau douce pêchée dans les barrages de la wilaya a considérablement chutée. Elle est tombée de 687 tonnes, en 2012, à seulement 28 tonnes en 2023. En effet, après des années d’essor, l’activité de la pêche dans les lacs de la wilaya est à l’agonie pour des raisons liées essentiellement à la baisse drastique des ressources halieutiques; une baisse générée notamment par l’absence endémique d’opérations de repeuplement des trois principaux lacs d’eau douce, à savoir ceux de Beni Haroun, de Grouz et de Sidi Khelifa. A cela s’ajoute l’absence d’une stratégie de développement durable des ressources halieutiques dans cette région de l’intérieur du pays. En fait, les trois plans d’eau où se pratique la pêche continentale n’ont pas été ensemencés d’alevins depuis pratiquement 2017, si l’on excepte l’insignifiante poignée de jeunes poissons, environ 5000 unités, lâchés dans les trois barrages hydriques, en 2022. Cette absence de volonté de pérenniser l’activité s’est répercutée sur la population des pêcheurs activant dans ce créneau. La majorité d’entre eux a déserté ce segment. La corporation comptait 14 petites entreprises en 2012 et employait une trentaine d’individus. Elle s’est rétrécie comme une peau de chagrin pour ne compter actuellement que 3 opérateurs et autant de pêcheurs. La rareté des ressources halieutiques, l’absence de quais et d’un centre de pêche et d’ateliers spécialisés dans la production de la glace ont découragé plus d’un et poussé les entreprises de pêche à changer d’activité. Une source du secteur nous a indiqué, tout récemment, que les 3 barrages susmentionnés peuvent accueillir jusqu’à 31 petites entreprises de pêche si la faune lacustre était suffisante et régulièrement régénérée. L’un des 3 pêcheurs encore actifs, Bouhaddad Mourad en l’occurrence, dénonce une multitude d’entraves. « La profession est rudement éprouvée : il n’y a pas de chambres froides pour la conservation des poissons, ni un atelier pour la fabrication de la glace nécessaire à l’enrobage des poissons. Pour avoir de la glace, on doit aller à la wilaya de Constantine ; sinon on ne peut pas avoir le certificat sanitaire du vétérinaire. Le centre de pêche construit à Ferdoua depuis trois ans n’est pas encore équipé. En outre, le poisson recherché par nos clients, c’est-à-dire la carpe à grande bouche, s’est considérablement raréfié. Des espèces comme le carassin et la carpe royale sont encore relativement disponibles, mais la variété prisée par les consommateurs ne l’est pas. Franchement, on ne s’en sort pas. C’est un vrai casse-tête que de travailler dans la pêche continentale à Mila », nous dira-t-il. Et ses propos relatifs à la rareté des ressources halieutiques sont loin d’être une fiction. Les statistiques rendues publiques, tout récemment, par le secteur, sont là pour les conforter. Les chiffres de l’antenne locale de la pêche continentale font état de la réalisation, entre 2006 et 2022, de seulement 7 opérations de repeuplement en alevins du lac de Beni Haroun et de seulement une opération au barrage de Grouz, à Oued Athmania, et une autre au barrage tampon de Sidi Khelifa. Au total, 1 915 000 jeunes poissons ont été lâchés, durant ces années, au barrage de Beni Haroun, contre 100 000 unités au barrage d’Oued Athmania et autant d’unités dans celui de Sidi Khelifa. Mais ce qui a accentué la pénurie actuelle des poissons dans les plans d’eau de la wilaya, c’est surtout le faible volume d’alevins ensemencés ces dernières années. Si les premières années, les lâchages de jeunes poissons étaient relativement abondants, avec un pic de 800 000 unités en 2011, le nombre a chuté drastiquement lors des deux dernières opérations réalisées en 2017 et 2022. Cette dernière a connu le lâchage d’une modeste quantité de 5000 jeunes poissons seulement. Aussi, les opérateurs activant dans ce segment appellent la partie concernée par le développement de l’aquaculture dans la wilaya à mieux faire en matière de repeuplement. Ils revendiquent également l’équipement du centre de pêche de la localité de Ferdoua et la mise en service de la glacière et des chambres froides afin de relancer la profession sur de bonnes bases. Il est à rappeler que le Centre National de Recherche et de Développement de la Pêche et de l’Aquaculture (CNRDPA), a procédé, dernièrement, au lâchage de 400 000 jeunes carpes communes à Beni Haroun, dans une tentative de reconstitution de la population de cet important plan d’eau et de redonner espoir aux entreprises de pêche qui chôment depuis des années.
