Les sondages, les médias traditionnels et les prévisions de répartition des sièges parlementaires avant le 7 juillet 2024 annonçaient une victoire écrasante du « Rassemblement National » et de ses alliés d’extrême droite lors du second tour des élections législatives françaises. Ces projections laissaient entrevoir une possible majorité absolue après que ce bloc ait recueilli plus de 33 % des voix au premier tour, le 30 juin 2024. Cependant, les résultats définitifs du second tour ont démenti ces attentes.
L’alliance de la « Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale » (gauche) a remporté 182 sièges à l’Assemblée nationale, suivie par le bloc soutenant le président Emmanuel Macron avec 168 sièges. Le « Rassemblement National » a quant à lui obtenu 143 sièges, une progression notable par rapport aux 88 sièges obtenus en 2022. Les leaders de la gauche et de nombreux citoyens se sont réjouis de la défaite de l’extrême droite, qui n’a pas obtenu la majorité absolue tant redoutée. Toutefois, cette victoire partielle soulève plusieurs questions et réflexions. Bien que l’extrême droite ait remporté le plus grand nombre de voix, la répartition des circonscriptions électorales ne lui a pas permis de transformer ce soutien en une majorité parlementaire. L’extrême droite a toutefois remporté des majorités absolues et larges dans plusieurs régions, notamment le long de la côte méditerranéenne, dans le nord autrefois industriel, et dans certaines parties de l’est de la France. Le taux de participation au second tour, le 7 juillet 2024, a été le plus élevé depuis les élections législatives de 1997, illustrant un regain d’engagement électoral.
Les Conséquences d’un Équilibre Précaire
Pour obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale, il faut 289 sièges sur un total de 577. L’Assemblée nationale penche donc fortement à droite, avec une prédominance du Sénat. Cela rend difficile pour les députés de la « Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale » de mettre en œuvre des mesures comme l’augmentation du salaire minimum ou le gel des prix des produits de première nécessité. De plus, le rapport de force au sein de la gauche ne permet pas de soutenir la cause palestinienne ou d’annuler certaines politiques discriminatoires envers les immigrés. Ces élections offrent une opportunité de poser des questions fondamentales sur le système politique français. Pourquoi le système légal tolère-t-il et finance-t-il les partis d’extrême droite, leur permettant de participer aux élections avec des programmes démagogiques et mensongers ? Pourquoi les « démocrates » de droite forment-ils des alliances précipitées avec le centre et la gauche pour empêcher l’extrême droite de gouverner ? L’extrême droite continue de progresser, obtenant des résultats jamais atteints auparavant, avec plus de dix millions de voix lors des élections de 2024, contre seulement huit députés en 2020 et 89 en 2022. Le danger représenté par l’extrême droite est temporairement écarté, mais à quel prix ? Le système politique, conçu par la classe capitaliste pour maintenir son pouvoir, ne peut servir les intérêts des travailleurs, des petits agriculteurs, des pauvres ou des immigrés. Le combat pour les acquis sociaux reste indispensable, peu importe la couleur politique de la majorité parlementaire. En conclusion, bien que l’extrême droite n’ait pas remporté la majorité absolue, elle demeure une force politique de premier plan en France. Les résultats des élections législatives de 2024 reflètent une réalité complexe et préoccupante, nécessitant une vigilance continue et un engagement accru dans la lutte pour les droits et les acquis sociaux.
Par Mohamed Tahar Aissani
