Les survivants de la guerre de libration nationale sont pour une très grande partie d’entre eux décédés ou trop âgés pour pouvoir ou vouloir prétendre jouer un rôle politique dans cette nouvelle Algérie qui est en train de prendre forme. C’est une des principales raisons de l’effacement du FLN après la démission du dernier dinosaure de la famille révolutionnaire qui gouverna le pays durant 57 ans.
Celui qui succéda à l’ex président de la république, fin 2019, en l’occurrence Abdelmadjid Tebboune est né, quant à lui, en 1945. Il avait neuf ans quand éclata l’insurrection du 1er novembre 1954 et 17 ans quand le pays accéda à l’indépendance. Il a seulement suivi de près cette lutte pour l’indépendance de l’Algérie, bien qu’étant imprégné de cette rage de voir le colonialisme français partir de son pays car il était aussi le fils d’un père qui avait milité au sein de l’Association des Ulémas d’Algérie, laquelle était antérieure à la naissance du front de libération nationale. Autrement dit le tout jeune Abdelmadjid Tebboune sait ce que le nationalisme signifie. Les deux candidats qui lui font face actuellement dans cette élection présidentielle sont eux aussi des post indépendance, bien que l’un d’eux Youcef Aouchiche est un descendant de la famille révolutionnaire et le parti qu’il dirige a été fondé par un des plus grands leaders de la révolution algérienne, s’agissant de feu Hocine Ait Ahmed. Ils n’ont pas connu la guerre comme leurs parents ou leurs ainés en âge. Pendant cinquante sept ans tous les présidents qu’a connu l’Algérie après l’indépendance : Ben Bella, Boumediene, Chadli, Boudiaf, Zéroual et Bouteflika avaient participé pleinement à la lutte contre la présence française en Algérie, les uns en prenant les armes, les autres grâce à leur aura au sein du mouvement national. Des personnalités politiques de premier plan comme Ahmed Benbella et Mohamed Boudiaf avaient été incarcérés pendant plus de cinq années en compagnie d’autres leaders comme Hocine Ait Ahmed, Rabah Bitat et Mostefa Lacheraf dans une forteresse en France, ultra sécurisée. Ils y resteront jusqu’à la signature des accords d’Evian le 19 mars 1962. Ceux qui avaient échappé à l’étau français qui s’était resserré de plus en plus sur le front interne en Algérie après l’arrivée de De Gaulle au pouvoir en 1958 sont le colonel Houari Boumediene, devenu le chef incontesté de l’Armée de libération nationale dont l’état –major rejoignit la Tunisie et s’y installa jusqu’à début juillet 62. Chadli Bendjedid qui dirigeait la base de l’Est avait, lui aussi, rejoint l’état major de cette armée des frontières que Boumediene organisait pour la préparer quand celle -ci aurait été prête à l’offensive contre la fameuse ligne Maurice . Abdelaziz Bouteflika qui avait 18 ans lorsque éclata la révolution de novembre n’avait pas eu l’occasion de prendre les armes mais Boumediene l’avait envoyé étudier à l’étranger. Tous ces personnages cités faisaient donc partie de la famille révolutionnaire. En fait en 1962 ils étaient des milliers à en faire partie et c’était cette famille qui gouverna le pays pendant cinquante sept ans par le biais du FLN qui se vidait lentement mais inéluctablement au fil du temps de sa substance révolutionnaire. A la fin il ne resta plus personne en son sein ou si peu quand mourut le dernier chef que ce parti imposant et qui n’était autre qu’Abdelaziz Bouteflika. Avec lui une page d’histoire de la famille révolutionnaire s’est fermée. Pour les partis qui se réclamaient jadis de cette famille révolutionnaire et qui sont le FLN depuis1962 et plus tard le RND en 1995 rien ne sera jamais plus comme avant. Le lexique politique qu’ils avaient utilisé durant plus de cinq décennies est épuisé car nul désormais ne peut prétendre parler au nom de la famille révolutionnaire car le flambeau de celle-ci est passé aujourd’hui aux mains de nouvelles générations qui ne pensent qu’au futur de cette nation et de cette patrie dont le passé glorieux est ancré dans les mémoires.
