Un affront à la mémoire :Le témoignage d’un historien face à l’irrespect dans les institutions publiques

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À la veille de la commémoration du 69ème anniversaire des attaques du Nord-Constantinois, Aziz Mouat, historien spécialisé dans l’histoire coloniale et professeur universitaire retraité, exprime son indignation face à un traitement qu’il qualifie d’injuste et irrespectueux de la part de la Direction des Moudjahidine de la wilaya de Skikda.

Le 20 août 1955 est une date gravée dans la mémoire de tous les Algériens, une date qui a vu l’insurrection héroïque des moudjahidine contre l’occupation française. Aziz Mouat, ayant été témoin direct des attaques ayant mobilisé plus de 4 000 combattants à partir du mausolée de Sidi Ahmed, ressent un lien personnel profond avec ces événements. Pour lui, l’invitation qu’il a reçue de la wilaya de Skikda, par l’intermédiaire de l’éditeur Hamadou Haroun de la maison d’édition Kenouz Youghurta, représentait une occasion précieuse de partager ses connaissances et son expérience lors d’une conférence sur les répercussions locales et internationales de cette insurrection. Malgré son état de santé fragile, Mouat a accepté avec fierté de préparer une intervention qu’il a même traduit en langue arabe. L’événement s’annonçait prometteur, avec des assurances reçues de diverses sources, notamment de la Direction de la culture et des arts, ainsi que du musée régional du moudjahid de Skikda – Ali Kafi – que son nom figurait bien dans les circuits officiels. Cependant, le déroulement de sa visite à Skikda a pris une tournure amère. Après un long voyage depuis Mostaganem, Mouat, accompagné de son éditeur, s’est présenté à l’heure convenue devant la Direction des Moudjahidine. Accueilli par une attente inhabituelle, il a ensuite fait face à une annonce choquante : son intervention, fruit de dix années de labeur, a été retirée du programme par un conseil scientifique en raison d’une simple réunion de dix minutes. Le refus de sa conférence n’a pas seulement blessé l’historien en tant qu’individu, mais a également porté atteinte à la mémoire de sa famille, profondément marquée par les événements du 23 août 1955, lorsque l’armée coloniale française a détruit leur demeure, arrêté et fait disparaître plusieurs membres de sa famille en représailles des attaques. Aziz Mouat ne cache pas son amertume et son indignation. Dans une lettre adressée au ministre des Moudjahidine et des ayants droit, il dénonce l’attitude du directeur, qu’il qualifie d’arrogante et de méprisante. Mouat demande au ministre de prendre les mesures nécessaires pour que de tels comportements ne se répètent pas, soulignant l’importance de l’humilité et de la compétence dans la gestion des responsabilités publiques. Pour Mouat, il ne saurait y avoir de place pour les excuses de la part d’un individu qui, selon lui, manque totalement de respect et de conscience historique. Par ce geste, il espère rappeler à tous l’importance du devoir de mémoire et le respect dû à ceux qui ont sacrifié leur vie pour la liberté de l’Algérie.

Par Mohamed Tahar Aissani

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