Le Liban traverse depuis quelques années une crise économique sans précédent dans l’histoire de ce petit pays qu’on considérait jadis comme la Suisse du monde arabe. Un monde arabe qui regarde, sans broncher la descente en enfer du peuple libanais. Le dernier épisode de cette immense détresse est cette coupure d’électricité qui touche l’ensemble du pays à cause de la rupture de fioul alimentant les centrales électriques.
Un premier navire portant pavillon algérien et les couleurs de Sonatrach vient d’accoster au Liban. Il déchargera 30 tonnes de fioul, un premier lot d’urgence pour démarrer au moins une centrale électrique, d’autres suivront bientôt. C’est sur instruction du président Tebboune que cette aide primordiale pour ce pays et ses habitants qui n’ont d’électricité que deux heures par jour et qui sont plongés dans le noir total depuis quarante huit heures arrive au point nommé. Une véritable bouée d’oxygène, saluée d’abord par la population libanaise mais aussi par les autorités gouvernementales et tous les partis politiques sans exception. En fait l’Algérie est le premier pays arabe à réagir aussi rapidement. Les autres pays arabes dont la plupart ont des réserves de pétroles cent fois plus importantes que l’Algérie se sont distingués par leur absence de réaction. Ces mêmes pays dont les ressortissants milliardaires venaient au Liban se distraire et dépenser leur argent dans des folies interdites chez eux sont aujourd’hui aux abonnés absents. Le temps où le pays des cèdres était considéré comme la Suisse du Moyen –Orient appartient au passé. Depuis c’est la disparition des princes et cheikhs aux valises remplies de dollars depuis que le Liban ait connu entre temps une succession de tragédies qui firent déserter ses habitants les plus riches mais aussi une armada de jeunes des deux sexes ayant fait le choix de vivre ailleurs car pour eux l’avenir du Liban est dans son passé et non plus dans son futur. Il ne reste dans ce pays que ces populations vulnérables qui n’ont d’autre choix que de rester chez eux prier et espérer des jours meilleurs, car les jours meilleurs sont devenus une illusion depuis que le Liban subit les raids sionistes au quotidien et qu’aucune aide arabe ne vient au secours de ce pays. Ces mêmes arabes qui ont aussi détourné leurs regards de Ghaza dont la population est décimée par les bombes, la famine, la soif et toutes les maladies virales et infectieuses réunies dans cette enclave de 40 kilomètres carrés. Ce petit corridor abritant quelques deux millions de palestiniens jouxte la frontière égyptienne. Les militaires égyptiens voient chaque jour qui passe le calvaire dont sont soumis leurs frères palestiniens et laissent faire les sionistes gardant les poste frontières d’en face qui ne laissent passer qu’au compte gouttes les camions de vivres et de médicaments provenant de l’aide internationale. Alors quand un pays aussi éloigné que l’Algérie vient en aide au Liban c’est non pas seulement un geste de compassion qui n’a au reste même pas atteint les autres « frères » arabes voisins mais c’est aussi une prise de position pour montrer que l’Algérie assumant faire partie du monde arabe prend toutes ses responsabilités et ne se contente pas seulement de faire des discours creux sans aucun effet.
Pourquoi le Liban n’intéresse plus ses voisins arabes ?
Politiquement ce pays paye les conséquences de la complexité d’un système mis en place depuis l’existence de l’Etat libanais lequel faisait partie de la grande Syrie laquelle faisait partie de l’empire ottoman jusqu’à sa disparition et qui provoqua son remplacement par un mandat français selon le traité anglo-français Sikes –Picot qui donnait mandat anglais pour la Palestine et un mandat français pour la Syrie. A la fin de la seconde guerre mondiale la France imposa la séparation du Liban du reste de la Syrie. Le nouvel Etat libanais était fondé sur les composantes religieuses dominantes à l’époque, à savoir chrétienne, sunnite et chiite. Avec le temps la tendance se renversa et ce sont les communautés musulmanes qui devinrent majoritaires et celle qui l’était le plus est la communauté shiite. La guerre civile qui mit à feu et à sang ce pays avait considérablement affaibli ce pays mais en même temps imposa en son sein une force politique et para militaire qui réussit à s’imposer dans toutes les décisions politiques et stratégiques prises par l’exécutif libanais dont le président était traditionnellement chrétien et le premier ministre musulman, sauf que les sunnites qui exerçaient une grande influence n’ont plus ce privilège. Toutes ce que le gouvernement décide passe par le Hezbollah dirigé par un leader charismatique répondant au nom de Hassan Nasrallah. Ce qui ne plait pas aux pays arabes dont l’hostilité avec l’Iran est manifeste à un tel point que ces mêmes Etats arabes préfèrent pactiser avec les sionistes qu’avec l’Iran. Or il se trouve que le Liban dont la mainmise militaire est exercée par le Hezbollah shiite dont les accointances avec l’Iran ne sont plus à démontrer devient lui aussi l’ennemi numéro un de ses voisins arabes. Alors il n’est pas difficile de comprendre et d’admettre que les « frères » d’hier ne sont plus les « frères « d’aujourd’hui. Pourtant le Liban a toujours un frère et celui –ci ne fait pas défaut, c’est l’Algérie.
