Sur les traces de Zighoud Youcef et des Sbeah :Un voyage mémoriel dans le Nord Constantinois

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Le Nord Constantinois, là où se croisent les wilayas de Skikda, Constantine, et Jijel, est un véritable sanctuaire de l’histoire algérienne. Plus qu’un simple paysage, cette région est un témoin vivant des luttes et des sacrifices qui ont forgé l’âme du pays.

En parcourant ces terres, à la recherche des Beni Sbeah, on découvre une histoire méconnue, celle d’une tribu déplacée de force en 1845 lors du soulèvement du Dahra sous la conduite du Cheikh Bou Maâza. Chaque sentier, chaque colline, raconte un fragment de cette mémoire collective. Notre expédition commence à Habacha, un modeste village au passé héroïque. Ici, sont nés deux des vingt-deux membres fondateurs de la guerre de libération : Abdeslam Habachi et Benabdelmalek Ramdane. Delinda, une moudjahida respectée, nous ouvre les portes de sa maison, nichée au milieu d’un verger luxuriant. Un figuier centenaire, symbole vivant de l’histoire, ombrage son jardin. Ce même figuier, peut-être, qui a vu jouer un jeune Benabdelmalek Ramdane, ignorant encore le destin qui l’attendait. De Habacha, nous poursuivons notre voyage vers Ghebala, à travers les routes escarpées du territoire des Sbeah. Chaque village, chaque recoin de ce massif forestier, porte encore les stigmates de la résistance. À Taïrou, un lieu caché dans la verdure, Zighoud Youcef a tenu conseil en janvier 1956. C’est ici qu’il a rédigé une lettre cruciale à la direction de la révolution, demandant la tenue d’un congrès pour structurer et évaluer le mouvement, une initiative qui marquera un tournant décisif dans l’histoire du pays. L’accès à Taïrou n’est pas aisé. La végétation dense et l’absence de réseau moderne nous transportent dans un autre temps. Chaque difficulté sur le chemin renforce le sentiment d’accomplissement. L’accueil chaleureux des habitants, notamment ceux qui participent à la construction collective de leur village, rappelle la tradition de la touiza, ces chantiers communautaires où chacun contribue à l’effort commun. Leur hospitalité, leur invitation à partager un repas simple mais généreux, sont le reflet de la culture de solidarité qui a nourri la résistance algérienne. Ce voyage dans le Nord Constantinois n’est pas seulement une exploration géographique, c’est une immersion dans l’histoire, un hommage aux luttes héroïques pour la liberté et la dignité. Chaque village, chaque sentier, chaque rencontre est un rappel vibrant du passé glorieux des Beni Sbeah et de Zighoud Youcef, dont les empreintes demeurent gravées dans cette terre. À travers cette expédition, menée par l’écrivain mémoriel Aziz Mouats, instigateur du projet de Sidi Ahmed à Manhattan et auteur de l’ouvrage de référence « Les Galets de Sidi Ahmed », l’histoire reprend vie. Loin des livres et des archives, c’est sur le terrain, au contact des lieux et des gens, que la mémoire se ravive et se transmet aux générations futures. Ce récit est un hommage à ceux qui ont façonné l’histoire, un rappel que la mémoire collective est un trésor à préserver, pour ne jamais oublier les sacrifices qui ont conduit à la liberté.

Par Mohamed Tahar Aissani

 

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