Un trésor culturel à préserver :Entretien avec Mohamed Rouabeh

0
97

Dans un entretien captivant avec la journaliste Huda Tabi, Mohamed Rouabeh, une figure emblématique de la scène artistique algérienne, partage ses réflexions profondes sur le patrimoine musical et culturel du pays, plus particulièrement le malouf.
Cette musique traditionnelle, au cœur de l’identité culturelle de Constantine, fait l’objet de recherches continues et d’efforts de préservation, notamment à travers des enregistrements et des films. Mohamed Rouabeh nous rassure sur l’existence de précieuses archives sonores et visuelles, gage de pérennité pour ce patrimoine, et annonce des projets ambitieux visant à préserver et valoriser cet héritage. À travers ce dialogue enrichissant, Mohamed Rouabeh soulève davantage de questions qu’il n’apporte de réponses définitives, une approche qui suscite la curiosité et l’intérêt pour un sujet aussi complexe que celui du malouf. Ce genre musical, emblématique de Constantine, transcende les frontières et trouve écho au-delà de l’Algérie, avec des variations notables en Tunisie et en Libye. Toutefois, Rouabeh insiste sur l’unité de la « langue musicale » algérienne, malgré les tentatives de diviser ce patrimoine entre les régions.

Le malouf et le « mouhajaz », une singularité constantinoise

Rouabeh souligne que si l’Algérie devait enregistrer officiellement un dossier sur la musique classique auprès de l’UNESCO, ce serait certainement pour le « mouhajaz », une variante unique du malouf propre à Constantine. Ce style musical, riche en histoires et en nuances, dépasse la renommée de certaines chansons populaires telles que la fameuse « El Bougui ». Rouabeh nous fait découvrir un répertoire méconnu de 200 à 500 pièces de mouhajaz, un trésor qui raconte les récits intimes de la société constantinoise, ses traditions, ses échanges commerciaux et même sa gastronomie. L’entretien met également en lumière une dimension souvent oubliée du malouf : son lien avec la lutte pour l’indépendance. De nombreuses chansons comportaient des allusions subtiles à la résistance contre le colonialisme, servant de moyen de rassembler des fonds pour soutenir la cause nationale. Rouabeh rappelle que des poèmes tels que « El Moufarija », célèbre pour son appel à la résilience et à la libération, incarnaient cet esprit révolutionnaire.

L’héritage des maîtres du malouf

Rouabeh rend également hommage aux figures qui ont façonné et perpétué cette tradition musicale, notamment le légendaire Mohamed Tahar Fergani, dont l’ascension s’est faite malgré les obstacles posés par certaines figures du malouf et les pressions extérieures. Il évoque également le rôle crucial de personnalités comme le cheikh Khalloufi Douadi, qui ont œuvré pour la promotion de Fergani, ainsi que celui des grandes figures de l’histoire culturelle de Constantine, telles que le cheikh Abdelhamid Ben Badis, qui a collaboré avec des musiciens pour ancrer le malouf dans l’identité nationale.

Perspectives futures

Ce dialogue fascinant avec Mohamed Rouabeh est une invitation à approfondir notre compréhension du malouf et à réfléchir aux moyens de préserver cet héritage. À travers ses récits et ses projets, Rouabeh ouvre la voie à un dialogue plus large entre spécialistes et passionnés, avec l’espoir que le malouf continue à être une source de fierté et d’inspiration pour les générations futures.
Par Mohamed Tahar Aissani

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici