Chaque année, le 27 septembre, le monde célèbre la Journée mondiale du tourisme, marquant l’anniversaire de la création de l’Organisation mondiale du tourisme des Nations Unies en 1970. Cette journée offre une occasion de réfléchir à la place du tourisme dans le développement économique et social de nombreux pays, dont l’Algérie, un géant africain encore méconnu du monde touristique. Le thème de cette année, « Tourisme et paix », résonne particulièrement dans un pays aux atouts touristiques diversifiés, mais confronté à de nombreux défis structurels et économiques.
L’Algérie, une terre de promesses inexploitées
Avec une superficie qui la place comme le plus grand pays d’Afrique et la dixième plus grande nation du monde, l’Algérie dispose de ressources naturelles et culturelles immenses. Ses plages encore sauvages, ses vastes étendues désertiques, ses montagnes majestueuses, ainsi que ses trésors historiques témoignent d’un potentiel colossal. Pourtant, les revenus issus du tourisme restent modestes, représentant moins de 10 % du PIB national. Pourquoi, malgré ses capacités, l’Algérie peine-t-elle à s’imposer comme une destination privilégiée sur l’échiquier touristique mondial ?
La politique touristique de l’État : de belles promesses à concrétiser
Depuis plusieurs années, l’État algérien, sous l’impulsion de personnalités comme le ministre du Tourisme, Mokhtar Djedouch, tente de mettre en place une stratégie ambitieuse. L’objectif est clair : donner un nouvel élan à une industrie encore embryonnaire. Le programme « Horizon 2025 » vise à transformer l’Algérie en une destination phare, notamment en renforçant ses infrastructures et en attirant des investisseurs étrangers. Ce programme repose sur l’idée que le tourisme pourrait contribuer à la prospérité économique et au bien-être social, en réduisant le chômage et en stimulant le développement régional. Mais entre la volonté politique et la réalité du terrain, le fossé est immense. Les infrastructures de transport demeurent limitées. Si le réseau routier et les liaisons aériennes se sont améliorés, il reste de nombreux défis à relever, notamment en matière de transport maritime et ferroviaire. De plus, le parc hôtelier, bien qu’en pleine expansion, est encore en deçà des standards internationaux. Le développement du tourisme dépend en grande partie des moyens de transport. Actuellement, la plupart des visiteurs arrivent par avion, via les grands aéroports internationaux comme celui d’Alger ou d’Oran. Cependant, les infrastructures routières et ferroviaires, bien que relativement denses dans le nord du pays, peinent à relier les zones touristiques du sud, notamment les sites sahariens, pourtant prisés des amateurs d’aventure. L’ouverture des lignes ferroviaires, la réhabilitation des ports, et l’amélioration des dessertes maritimes représentent autant de priorités pour rendre l’Algérie plus accessible et attrayante.
Un patrimoine naturel et culturel d’exception
Malgré ces obstacles, l’Algérie possède de nombreux joyaux capables d’attirer un flux important de touristes. Ses dix parcs nationaux, du Tassili à l’Ahaggar, sont des merveilles de biodiversité et de beauté naturelle. Les amateurs d’histoire et d’archéologie y trouvent également leur compte, avec des sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, tels que Djemila, Tipasa, et la Casbah d’Alger. Le tourisme saharien, en particulier, pourrait devenir un fer de lance de l’industrie algérienne, avec des destinations emblématiques comme Tamanrasset, Timimoun ou Djanet, où l’immensité du désert et le silence des dunes offrent une expérience inoubliable. L’Algérie est une terre de générosité, d’accueil et d’hospitalité. Cependant, pour se positionner comme une destination touristique majeure, elle doit surmonter plusieurs obstacles. Le premier est sans doute un changement de mentalité : passer d’une économie principalement fondée sur les hydrocarbures à une économie diversifiée, où le tourisme joue un rôle central. Cela nécessite des investissements massifs dans les infrastructures, une meilleure formation des acteurs locaux, et une plus grande ouverture aux investisseurs étrangers. Ensuite, l’image du pays sur la scène internationale doit être repensée. La décennie noire des années 1990 a durablement marqué les esprits, dissuadant de nombreux visiteurs. Aujourd’hui, l’Algérie est un pays sûr, et ses responsables doivent s’atteler à le faire savoir. Enfin, l’implication du secteur privé est cruciale. Si l’État peut poser les bases d’une industrie touristique florissante, c’est aux entrepreneurs locaux de transformer le potentiel en réalité, en créant des offres adaptées aux attentes des touristes, qu’ils soient amateurs de plage, de culture ou d’aventure. En ce 27 septembre, alors que le monde célèbre le tourisme comme vecteur de paix et de développement, l’Algérie se trouve à un tournant. Avec ses richesses naturelles, historiques et humaines, elle dispose de tous les ingrédients pour devenir une destination de rêve. Mais pour cela, il faudra plus qu’une volonté politique : il faudra un engagement de tous les acteurs, publics et privés, pour transformer le rêve en réalité. L’Algérie a les moyens de ses ambitions. Reste à savoir si elle saura les utiliser à bon escient pour devenir une destination touristique de premier plan, un modèle de développement pour tout le continent africain.
Par Mohamed Tahar Aissani
